Mayotte, les langues et le Plurivers.

Mayotte, les langues et le Plurivers.

 

Il y a un an, pendant quelques mois, j’ai lu en provençal, enfin, presque. Cette langue que mon grand-père parlait et que mon père comprenait. Pouemo, de Mas-Felipe Delavouët, édition bilingue, hélas. J’ai compris ce que j’avais perdu. Il me reste l’accent. Mais la musique a disparu et, avec elle, l’harmonie. Parfois, il me semble ressentir cette perte comme on continue à sentir, paraît-il, un membre amputé.
Aujourd’hui, à Mayotte, département français depuis 2009, la plus grande partie de la population locale a une langue maternelle autre que le français. Le shimaroé, langue bantoue, et le kibushi, proche du malgache, sont deux des langues le plus parlées sur l’île.
Mais à l’école, on enseigne en français sans enseigner le français. Entendez par là : on leur enseigne la grammaire, la langue française comme si elle était leur langue maternelle a alors  qu’il s’agit pour eux d’une langue étrangère.
Et si les instituteurs ou les professeurs locaux, face aux problèmes de compréhension, essaient d’aider leurs élèves en parlant la langue qu’ils partagent avec eux, ils sont extrêmement mal vus, parfois même agressés ou insultés Tout cela dans un  contexte où beaucoup  d’enseignants venus de la métropole, retranchés dans leur territoire et souvent, dans leurs préjugés, ne perçoivent pas, ou ne veulent pas percevoir le caractére nocif du dispositif.

Cela rappelle le «  Interdit de parler le breton et de cracher » du début du XX siècle, ou la pénalisation du parler provençal dans les écoles, à la même époque.
Je ne vois pas de meilleur exemple de la différence colonialisme/ colonialité. Et de meilleur contre-exemple de Pluriversel.

Et nous sommes contemporains de cette histoire-là.

 

Claude Bourguignon Rougier

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