Où se trouve l’idole ? Critique éthique de l’idolâtrie républicaine

Où se trouve l’idole ? Critique éthique de l’idolâtrie républicaine

 

“Nul ne percera le secret des idéologies idolâtres d’elles-mêmes s’il ne connaît le secret du logos idéal qui naquit en Occident avec les Grecs. Nul ne connaîtra le combat du logos – sa logo-machie – s’il ne se souvient que l’idole a même racine que l’idée, et que l’idée plonge ses racines dans la raison grecque. Car cette raison contemple « l’apparence générale des choses », l’eidos, cette mère de l’idée et cette fille du regard puisque eidos signifie j’ai vu. » Manuel de Dieguez

 

Dans un article publié le 21 mars 2017 dans son journal éponyme, le Journal de Paul Hoarau, Paul Hoarau faisait état de la présence à La Réunion de deux conceptions “pas encore en conflit ouvert”.

La première de ces conceptions est “la conception théorique, idéologique, idyllique selon laquelle La Réunion c’est la France ; le métropolitain à La Réunion et le Réunionnais en France sont, l’un et l’autre, chez eux ; les uns et les autres peuvent rester au pays ou aller voir ailleurs, comme bon leur semble, dans la limite des besoins, des nécessités et des compétences.” La seconde est la conception ressentie, vécue, ici, selon laquelle La Réunion et la France -françaises l’une et l’autre- sont, cependant, deux pays différents ; selon laquelle, le Réunionnais en France et le métropolitain à La Réunion, ce n’est pas toujours pareil ; selon laquelle, la mobilité des Réunionnais n’est pas « comme bon leur semble », mais, administrativement, organisée, cadrée, dans le public et, de plus en plus, dans le privé.

Le fait que Paul Hoarau qualifie la première conception de « théorique, idéologique, idyllique » et la seconde de « ressentie, vécue, ici » n’est pas anodin. Cette qualification est dotée d’une puissance heuristique insoupçonnée à mon sens. Elle peut servir de pierre angulaire à une critique de la morale dominatrice française à partir d’une éthique libératrice réunionnaise (Je me réfère ici à la distinction faite entre morale et éthique par le philosophe Enrique Dussel sur laquelle je reviendrai).

La conception française repose sur les principes de Liberté et d’Égalité reconnus et déclarés par l’Assemblée Nationale en 1789 en présence et sous les auspices de l’Être suprême. Être suprême qui est au fondement de la religion naturelle/civile de la République une et indivisible et est, selon moi, à la base de la morale dominatrice française. Aussi généreux que soient ces principes, ils n’en demeurent pas moins qu’ils sont insuffisants pour apporter des solutions concrètes face aux injustices subies et souffrances vécues par les réunionnais-e-s. Ne reconnaissant que l’endroit de notre citoyenneté : le niveau formel, abstrait, idéel, ils nient par la même son envers basé sur notre différence anthropologique : le niveau matériel, concret, réel. Cette négation fait obstacle à la reconnaissance pleine et entière de notre humanité et, par cette non-reconnaissance, vient porter atteinte notre dignité. La situation critique dans laquelle nous vivons nécessitant une critique de la situation, je fais miens les mots Karl Marx : “Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole. […] La critique de la religion [se transformant] en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique”.

                   A suivre

Romuald Barret

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