Pratiques visuelles décoloniales. Decolonial visual practices.

Pratiques visuelles décoloniales. Decolonial visual practices.

 

 

Appels à contribution. 
Pratiques visuelles décoloniales : créer, se montrer.

 

Présentation du groupe de recherche : Minoritart

Le groupe de recherche Minoritart est animé par le doctorant en Études et Pratiques des Arts Eddy Firmin, par Catherine Cosaque, qui étudie les pratiques touristiques, notamment en contexte postcolonial et par l’artiste et docteur en Études et Pratiques des Arts Fred Laforge. La traduction des textes (anglais) est effectuée par la bachelor en Politiques et Arts, Sarah Tchou. Ensemble, nous formons le comité de lecture et de rédaction de l’espace arts du Réseau d’Études Décoloniales.

Contexte et diffusion des textes

L’espace francophone s’est récemment ouvert à la pensée décoloniale. La revue CAL 621 ou plus récemment l’ouvrage, « Penser l’envers obscur de la modernité » (2014)2, sous la direction de Claude Bourguignon Rougier, Philipe Colin et Ramòn Grosfoguel participent d’une révolution de la pensée qui aujourd’hui connecte les continents. Depuis deux ans, l’équipe inter universitaire du Réseau d’Études Décoloniales diffuse une part de ses recherches sur son site (http://reseaudecolonial.org/). C’est dans le cadre de cette diffusion que s’ouvre un nouveau pôle de recherche dédié aux pratiques artistiques décoloniales.

Qu’est-ce que la pensée décoloniale ?

Au tournant du XXIème siècle émerge un nouveau champ de recherche, les études décoloniales. Ces dernières interrogent, entre autres choses, le fait que les savoirs propres à l’Europe puis à l’occident se sont constitués en un modèle « universel » et supposé valide pour tous. Désignée sous le terme de « colonialité des savoirs », cette posture dominante invalide ou rejette les savoirs formés par les peuples colonisés (pensée magique, sensible, non rationnelle, simpliste etc., font le jeu de cette subalternisation). Ainsi, les structures scolaires et universitaires n’ont permis un accès aux connaissances que depuis des paradigmes définis par l’occident. Dans un même temps, elles ont été des vecteurs de normalisation empêchant les individus (intellectuels, artistes, société civile) de se penser en dehors de cette matrice. Pour citer Annibal Quijano (1992), cette ambition d’atteindre la validité universelle, « établit avec les autres cultures des relations qui paralysent tout développement réel 3 ».
En lieu et place d’une stérile posture d’affrontement des philosophies des savoirs, les études décoloniales concentrent leurs efforts sur une posture frontalière. Le projet est de rééquilibrer les rapports pouvoirs/savoirs pour l’invention d’une alter-modernité, c’est-à-dire une modernité « pluriverselle » où les politiques des savoirs des peuples colonisés participeraient activement aux transformations politiques, sociales et culturelles du monde globalisé de demain.

« Pratiques visuelles décoloniales : créer, se montrer ».

Depuis, Estéticas Décoloniales, au MAMBO (Musée d’Art contemporain de Bogota) en 2010, la pensée décoloniale a fait des arts visuels l’un de ses grands chantiers. La notion de « corpo politique des savoirs » en est l’axe central. En peu de mots, cette posture face au savoir entrevoit le corps comme support de savoirs dans les cultures dites « orales », au même titre que le papier et les signes abstraits sont ceux des cultures dites « scripturales ». Les cultures qui pour une raison ou une autre ont fait le choix de garder ces logiques de savoirs axés sur le corps ne sont pas pour autant primitives. Elles vivent d’autres formes de modernités (des changements contemporains dans la réinvention et l’invention de leurs savoirs). Comme tout praticien, l’artiste héritier de ces cultures est aux prises avec un savoir enroulé dans le corps (les cinq sens et leurs parts d’indicible). Néanmoins son expérience est singulière, en cela qu’il fait peut-être face à une forme de colonisation de ses sens. En effet, sa pratique est pour une grande part formatée par un enseignement en école d’art ainsi que par les codes tacites issus du socle potentiellement « universalisant » de l’art contemporain.
Ainsi, comment créer, montrer une pratique émancipée et/ou frontalière quand les codes présidant au partage d’un sensible séculaire (cadre tacite et collectif définissant le «faire art» d’une culture) sont subalternisé et/ou raturé? Cette question liminaire posée aux chercheurs, artistes, critiques et historiens d’art caribéen, autochtone et québécois se décompose en deux questionnements axés sur l’expérience de terrain et le témoignage. La première est ouverte à tous et la seconde s’adresse tout particulièrement aux artistes.
– Existe-t-il une pratique visuelle décoloniale dans l’espace francophone (Québec, Antilles françaises, Caraïbes, Réunion et France hexagonales) ?
– À quelle logique décoloniale  répond votre pratique ? En d’autres termes comment interrogez-vous la colonisation de vos sens et/ou à quel savoir ancestral faites vous appel pour créer (méthode, gestuelle, refus de précepte, etc.).

Il vous est fortement conseillé d’accompagner les textes d’images et/ou d’hyperliens vidéo. Ces éléments seront des données pertinentes lors de la sélection des textes.

Vos textes.
Les textes seront publiés sur site web du réseau des études décoloniales (francophone) à l’adresse : http://reseaudecolonial.org/.
Merci d’adresser vos propositions (entre 1000 et 1 500 signes, espaces compris), avec un bref CV (une demi-page maximum), à Eddy Firmin (eddy.firmin@me.com) ou Catherine Cosaque (cat.cosaque@yahoo.fr) au plus tard le 22 février 2018.

 

 

 Call for contributions

Decolonial visual practices: to create, to show oneself.

Presentation of the research group: Minoritart

The Minoritart Research Group is led by Eddy Firmin, PhD student in Artistic Studies and
Practices, by Catherine Cosaque, who studies tourism practices, particularly in the postcolonial
context, and by artist Fred Laforge, PhD (Artistic Studies and Practices). The translation of the
texts (English) is carried out by Sarah Tchou, BA in Political Science and Art History. Together,
we form the reading and writing committee of the Arts section of the Réseau d’Études
Décoloniales (Decolonial Studies Network).

Texts: context and publication

The French-speaking world was recently exposed to decolonial thinking. The scientific journal
CAL 62 1 or more recently the book,  » Penser l’envers obscur de la modernité ” (Thinking behind thedark side of modernity) (2014) 2 , under the direction of Claude Bourguignon Rougier, Philipe
Colin and Ramon Grosfoguel are a part of a revolutionary way of thinking that nowadays
connects the continents. For two years, the inter-university team of the Decolonial Studies
Network has been publishing some of its research on its website (http://reseaudecolonial.org/).
Within this framework, a new research center dedicated to decolonial artistic practices has been
created.

What is decolonial thought?

At the turn of the 21st century, a new field of research called decolonial studies surfaced. It
questions, among other things, the fact that knowledge specific to Europe and then to the West
has become a « universal » model, supposedly valid for all. Described under the term « coloniality
of knowledge », this dominant posture invalidates or rejects the knowledge formed by colonized
peoples (magical, perceptive, non-rational, simplistic thinking, etc.) playing the game of this
subalternization. Thus, schools and universities have only allowed access to knowledge from
paradigms defined by the West. At the same time, they have been vectors of normalization
preventing individuals (intellectuals, artists, civil society) from thinking outside this matrix. To
quote Annibal Quijano (1992), this ambition to achieve universal validity « establishes relations
with other cultures that paralyze any real development 3 . »

Instead of a sterile confrontational posture of the philosophies of knowledge, decolonial studies
concentrate their efforts on a bordering posture. The project is to rebalance the relationship of
powers / knowledge for the invention of an alter-modernity, that is to say a « pluriversal »
modernity where the knowledge policies of the colonized peoples would participate actively in
political, social and cultural transformations of the globalized world of tomorrow.

« Decolonial visual practices: to create, to show oneself ».

Since Estéticas Décoloniales, at the MAMBO (Museum of Contemporary Art of Bogota) in
2010, decolonial thought has made visual arts one of its major projects. The notion of « body-
politics of knowledge » is its central axis. In other words, this posture in the face of knowledge
sees the body as a knowledge medium in so-called « oral » cultures, just as paper and abstract
signs are those of « scribal » cultures. Cultures that for one reason or another have made the choice
to keep these logics of knowledge focused on the body are not primitive. They live other forms
of modernity (contemporary changes in the reinvention and invention of their knowledge). Like
any practitioner, the artist who inherits these cultures is struggling with a knowledge wrapped in
the body (the five senses and their ineffable perceptions). Nevertheless, their experience is
singular in that they may be faced with a form of colonization of their senses. Indeed, their
practice is largely shaped by a teaching in art school as well as by the potentially
« universalizing » tacit codes of contemporary art.

Thus, how to create, show an emancipated and / or bordering practice when the codes governing
the sharing of a traditional perception (tacit and collective framework defining the « art-making »
of a culture) are subaltern and / or erased? This key question asked to researchers, artists, critics
and historians of Caribbean, Aboriginal and Quebec art is broken down into two questions
focused on field experiences and accounts. The first is directed at everyone and the second
specifically at the artists.

  • Is there a decolonial visual practice in the French-speaking world (Quebec, French West Indies,
    Caribbean, Réunion and Metropolitan France?
  • To which decolonial logic corresponds your practice? In other words, how do you question the
    colonization of your senses and / or what ancestral knowledge do you use to create (method,
    gesture, refusal of precept, etc.).

It is strongly encouraged to submit images and / or video links along with the texts. These
elements will be relevant data during the selection process.

Your texts.

The texts will be published on the website of the Réseau d’Études Décoloniales at:
http://reseaudecolonial.org/.
Please send your proposals (between 1000 and 1500 characters, spaces included), with a brief
CV (half a page maximum), to Eddy Firmin (eddy.firmin@me.com) or Catherine Cosaque
(cat.cosaque @ yahoo.fr) no later than February 22, 2018.

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