Mon corps “blan fwans” (blanc de France)

Mon corps “blan fwans” (blanc de France)


François Piquet

Artiste


 

Blan fwans, je vis depuis 18 ans en Guadeloupe, ex-colonie française post-esclavagiste majoritairement non-blanche.

Ma pratique autodidacte des arts visuels a commencé il y a environ 10 ans, le cul entre deux chaises : ma création est à la fois celle du dominé et du dominant.

Pour beaucoup, je suis un colon ‒ ce que je m’interdis d’être. Je ne crois ni à une identité, ni à une culture figées à l’échelle d’une vie humaine. Je crois au mouvement, à la lutte ; paradoxe du colon niant.

Comment la créolisation peut-elle surgir en terrain colonial ?

Il m’a fallu un big bang culturel : à mon arrivée fortuite en Guadeloupe, je ne connais pas le contrat social ni les comportements adéquats. Je ne connais plus les plantes, les animaux, les codes; je passe de l’autre côté de la majorité, de la légitimité, du pouvoir. Sens dessus dessous, j’apprends.

Moïse Tite, un voisin mancheur de sabre, me montre comment tresser un panier en bambou. Je tresse ma première sculpture à l’ancienne usine sucrière Darboussier, avec des cerclages de tonneaux de rhum. Mon art est créole.

J’expérimente. Je comprends physiquement l’histoire en posant les fers sur une sculpture

Je désapprends avec méthode et accidents. Dessine les yeux fermés, frappe de l’autre main. Je fais ce qui ne se fait pas. Rien n’est sacré, surtout pas l’art

Je me libère.

http://www.francoispiquet.com/UtopieLiberation-piquet.htm

Je prends des risques. Je travaille même avec un mort, parce que je n’ai pas pu l’ignorer.

Je m’appuie sur la violence, je la recherche. Elle est mon savoir corporel ancestral.

Rien n’est sacré, sauf la race. Une.

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