Pizarro lâche les chiens

Pizarro lâche les chiens

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Transmission de pensée : j’ai pris la liberté de traduire un extrait de ce texte, et aujourd’hui, l’auteur m’écrit pour nous demander de le traduire. Voici donc dans son intégralité le texte d’Humberto Cardenas López.

C.B.R

En Colombie, pays de merde, le conquistador Francisco Pizarro envoie les chiens. Et les chiens, sous le regard  satisfait des conquistadors, dévorent les Indiens : avec les Rois catholiques et Christophe Colomb, l’ordre de la terreur s’établissait une fois pour toutes.

C’est la « civilisation » qui, au nom du « progrès », de la « culture » et de la religion catholique, nous considère comme sauvages, ignorants,nous trouve impurs, laids, dangereux (à l’époque, on nous traitait d’infidèles et d’hérétiques… aujourd’hui, de terroristes). Et c’est ainsi que l’ordre de la terreur narre son propre monde, en éliminant, annihilant, détruisant tout ce qui est différent.

En Colombie, pays de merde, la « civilisation » est soif de richesse, et la soif de richesse n’est rien d’autre qu ‘une soif de sang…  aujourd’hui encore.

Hier,  c’était les conquistadors.

Aujourd’hui,  les multinationales, les États, l’USAID, l’OEA, la CIA, les producteurs de canne à sucre, les propriétaires terriens, les mafias de la drogue et leurs sénateurs, leurs armées, Monsanto et son glyphosate, les chaînes de production, les plans de développement, les « conseillers israéliens », l' »aide » militaire nord-américaine, les compagnies pétrolières, la marque Chiquita.

La soif de richesse est soif de sang ; c’est ainsi qu’ils écrivent l’histoire de la civilisation avec l’édition officielle et officieuse de leurs armées : les chulavitas, les »pájaros », la police, le SIC, le DAS, la phalange, les paramilitaires (les paramilitaires sont la face cachée et visible de la loi). La soif de sang place ce pays de merde au premier rang mondial en termes de déplacement de populations ; il dépasse les dictatures quant aux disparitions d’êtres humains ( en 12 jours de grève, plus de 300 personnes ont disparu) ; c’est l’un des pays les plus inégalitaires du monde, où la concentration des terres aux mains de quelques uns est la plus marquée… Les chiens de la faim, les chiens du chômage, les chiens des maladies, de la peur, de l’injustice, les chiens de l’arrogance des criminels du système mondial capitaliste.

En Colombie, pays de merde, il y a la Casa de Nariño (Uribe, Santos, Turbay Ayala, López Michelsen, le basilic…), et tous ceux que l’humoriste Jaime Garzón aurait appelés « les plus  grands fils de pute  » de la société ; ils gouvernent depuis l’endroit où se trouvait la maison d’Antonio Nariño, celui que l’histoire officielle appelle « le précurseur de l’indépendance ».La conquête avançant, il y eut  les mines, les encomiendas, les esclaves, l’inquisition (l’ordre de la foi = la version sacrée de l’ordre de la terreur). Un peu plus tard,  la « pacification » des insurgés, les Comuneros  de 1781, vaincus par la couronne espagnole , une défaite sous-tendue par la lâcheté des élites créoles qui compte, parmi l’un de ses représentants, Antonio Nariño. Narino qui défila avec les milices à Santa Fe de Bogotá contre les comuneros insurgés.

A pays de merde, histoire de merde.

Pourquoi ?

Le capitalisme accumule la richesse en tuant. Au nom de Dieu et au nom de la loi, il produit du terrorisme pour accumuler des richesses. On démembra le corps de José Antonio Galán (un comunero insurgé) et exposa les morceaux de son corps dans différentes villes (au nom de Dieu et de la loi) :  la letra con sangre entra  :  la terreur  a valeur d’exemple. Sur les corps torturés, sur les femmes violées (comme  à Cali ces derniers jours,)  Frêre  Joaquin de Finestrad  vint, pour « pacifier » les peuples rebelles. Aujourd’hui , on le présenterait comme un commissaire de  la « paix ». Puis il  écrivit, (qu’il est vieux le métier de salir avec les mots ! ),  El Vasallo instruido en el estado del Nuevo Reino de Granada y en sus respectivas obligaciones. C’était à la fin du 18ème siècle.  Il s’agissait de la fabrication d’un « sujet politique », comme cela s’est produit  lors de  toutes les tables de négociation, toutes les amnisties et tous les accords de paix qui ont été signés dans l’histoire de ce pays de merde. Un sujet politique docile, soumis, prêt à la servitude volontaire  qu’analysa Etienne de la Boetie).

Nous l’avons dit lors de la grève de novembre 1999, et nous le redisons aujourd’hui : dans un pays de merde, « la misère est bonne, tant qu’elle est maintenue à l’écart, dans l’ordre et le silence ». Depuis la maison de Nariño, Pizarro  lâcha les chiens, ses milices paramilitaires, contre les insurgés communeros : c’est l’ordre de la terreur qui accumule les richesses, et continue à démembrer

Comme ils l’ont fait avec José Antonio Galán

Comme ils l’ont fait dans les casas de pique ( maisons d’abattage)  de Buenaventura,

Comme les paramilitaires du système mondial capitaliste l’ont fait dans le pays de merde d’Uribe Vélez, de Santos (Prix Nobel de la Paix ! ), de Duque… de Rito Alejo del Río, des Aigles noirs, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale.

En Colombie, pays de merde, se trouve la maison de Nariño ; et c’est depuis  la maison de Nariño qu’ on part  vaincre les communards insurgés et  détruire leurs corps… Comme cela continue à se produire. aujourd’hui ..En Colombie, pays de merde, un génocide est diffusé en direct. C’est l’expression la plus claire de la loi : les lois du capital sont un  décret d’exception contre la vie du peuple. Le langage est cynique, sinistre. Au nom de Dieu et de la loi, on pratique le terrorisme. La soif de richesse est la soif de sang pour piller les peuples. La vie libérée des peuples a déclaré un état d’exception aux lois du capital. 

Souvenons-nous de Walter Benjamin,  et  suspendons la loi.

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