Pour une politique de la race. 4.

Pour une politique de la race. 4.

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Dans un second article, cite plus haut, « Raza, etnia y nación en Mariátegui: cuestiones abiertas », le sociologue explore plus précisément le thème de la race. L’article met l’accent sur l’articulation des relations de travail et des nouvelles identités qui ont surgi. Quijano y fait le lien entre salariat, semi-servage, esclavage et apparition d’un classement racial de la population mondial, et affirme que  :  « Le racisme et la discrimination ethnique furent originellement inventés en Amérique, et par la suite reproduits dans le reste du monde colonisé, devenant les fondements d’un rapport de pouvoir très spécifique entre l’Europe et les populations du reste du monde ».

Ce qui est problématique dans cet article, c’est l’Idée que le racisme et la discrimination ethnique furent inventés en Amérique. Les travaux de plusieurs historiens de la péninsule ibérique ou spécialistes de l’empire colonial portugais vont à l’encontre de cette affirmation : ceux d’Henri Mechoulan, historien spécialiste des Juifs portugais à l’époque moderne ( 1979), ou de l’historien Israël Salvator Revah, qui parle explicitement des mesures racistes prises dans la péninsule ibérique,et  identifie la première sentence statut de Tolède de 1449 (elle barrait l’accès à des charges, fonctions et responsabilités, aux descendants de Juifs) comme une première mesure raciste. Pierre Davy, historien du Moyen age, qualifie de raciste le système de la limpieza de sangre, dés le XV siècle. Dans son étude de l’Inquisition ibérique ( 2011) l’historien italien Adriano Prosperi interprète le passage de la persécution des juifs à celle des convers comme un processus de racialisation. Pour lui, le tournant de 1492, avec l’expulsion des Juifs décrétée par les Rois Catholiques, loin d’en finir avec la haine religieuse des juifs, est le début de la haine raciale. Un historien américain comme Francisco Bethencourt, dans Racisms From the cruzades to the tewenthieth century , fait remonter l’apparition des catégories raciales au XV siècle en Occident. Enfin, les travaux d’un comparatiste comme Jean Fréderic Schaub, qui ont le mérite de rassembler les diverses études critiques sur la race élaborées dans le monde, vont dans le même sens , et affirment l’existence d’un racisme ibérique antérieur a la Conquête.

C’est l’association de la logique de la lignée, caractéristique du Moyen Age et de l’horreur de la tache qui produit ce racisme. On peut regretter à ce sujet qu’en France et aussi en Amérique latine, personne n’ait pour le moment développé la ligne qui est celle de Claude Olivier Doron dans sa thèse sur l’homme altéré. Ce foucaldien y parle de la la formation discursive de la dégénération qui s’est mise en place progressivement en Occident. Cette culture de la dégénération est le contexte dans lequel la pureté de sang a pu se développer. Et c’est elle aussi qui sera en Amérique latine le substrat d’un gouvernement différent des hommes, en fonction de leur nature plus ou moins dégénérée. Quant à Max Hering Torres, il parle du racisme apparu à l’age moderne .Si ce racisme là n’est plus religieux, dans la mesure  où il contredit l’universalisme propre à l’idéal religieux, il n’est pas non plus scientifique.

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