Présentation du numéro 5

Claude Bourguignon Rougier

Cette partie thématique est consacrée à l’expression des femmes en lutte en Afro Abya Yala. Il s’inscrit dans la logique qui nous a fait traduire, d’abord,  divers articles du livre de Karina Bidaseca, Poétiques des féminismes décoloniaux depuis le Sud, puis trois chapitres de  Feminismos a la contra, de Luis Martínez Andrade.

Pour ce numéro, nous avons eu envie de donner la parole à des femmes autochtones ou afrodescendantes. Ces dernières,  parfois, se reconnaissent dans l’appellation féministe et parfois, non. Elles sont toutes attachées à la défense de leurs droits et à l’amélioration de leur condition de femme, mais à partir de cadres théoriques qui ne sont pas ceux de l’Occident. Les auteures que nous avons contactées nous ont donné leur accord pour la traduction et nous les en remercions.

L’introduction du livre de Francesca Gargallo, Feminismos desde Abya yala,  permettra aux lectrices et lecteurs d’aborder ces textes avec quelques éléments d’interprétation. Cette introduction et le chapitre qui suit,  D’où pensons-nous ?  apportent en même temps qu’une réflexion théorique rigoureuse une foule d’informations nécessaires à qui veut sortir des préjugés entourant le monde indigène. Je remercie également Francesca Gargallo d’avoir accepté que nous traduisions partiellement son livre. Nous sommes contents de proposer aux lectrices et lecteurs des inédits de certaines de femmes qu’elle cite, qu’il s’agisse de d’Aura Cumes, Gladys Tzul Tzul, ou de Vilma Almendra.

Les textes ont été traduits par des membres de l’atelier de traduction la Minga, mais aussi  par deux jeunes étudiantes de master en traduction,  et deux doctorant.e.s en philosophie. En tant que relectrice de l’ensemble, je salue le travail qui a été réalisé, et son sérieux.  La difficulté était importante pour les traductrices, car les textes renvoyaient aux complexités des mouvements sociaux en Abya Yala, et supposaient un véritable travail d’explicitation destiné aux  lect.eu.r.ice.s

La traduction est un art difficile, mal compris, et chronophage. Il pose des problèmes importants lorsqu’il faut traduire des termes et surtout des visions qui appartiennent à des langues et des cosmovisions non occidentales. Il existe une contradiction indéniable entre une exigence de clarté légitime et la nécessité de ne pas éliminer l’étrangeté liée à la différence.

Trop d’étrangeté tue la lecture. Trop peu, évacue la différence.  C’est à partir de cet inconfort fondateur que nous avons traduit les textes de Vilma Almendra, Yana Lema, Aura Cumes, Juliana Guzmán, ou Gladys Tzul Tzul .

Nous avons joint à ce recueil un article assez ancien, d’une grande pertinence, qui fut écrit par la féministe afrobrésilienne Leila González  dans les années 90. Encore merci à Gauthier Diericks de Louvain qui a eu l’amabilité de nous proposer de le traduire.

Les lecteur et lectrices ne trouverons pas seulement des essais dans ce numéro. Nous avons tenu à y joindre des poèmes, car la poésie permet de conserver cet écart que la traduction d’un essai met souvent à mal. Les poèmes de l’équatorienne Yana Lucila Lema figurent en Kichwa et en français. J’ai eu le plaisir de les traduire, avec toutes mes limites, n’étant pas traductrice de poésie. Lire ces poèmes permettra peut être d’entrevoir ce qu’est une cosmovision. Et les rapports entre cosmovision et luttes.

Nous espérons que ce numéro remportera le succès d’estime qu’il mérite, tant pour la qualité des auteures traduites que pour l’effort militant de ses traduct.eu.r.ice.s