COLONIALITÉ DU POUVOIR ET PANDÉMIE DE LA COVID-19 EN ESPACES FRANCOPHONES

COLONIALITÉ DU POUVOIR ET PANDÉMIE DE LA COVID-19 EN ESPACES FRANCOPHONES

Paul Mvengou Cruz Merino

Ce numéro poursuit les objectifs du précédent, à savoir, s’interroger sur l’existence de formes, d’expressions, de pratiques d’une colonialité du pouvoir en exercice dans les espaces francophones. Loin d’être redondant, ce nº4 bis engage un regard à partir des territoires/départements d’ « Outre-Mer » français. À cet objectif, il nous a semblé judicieux, étant donné la configuration de crise sanitaire globale, d’inclure un axe portant sur les liens entre la pandémie de coronavirus et la colonialité du pouvoir. En effet, cette crise globale a révélé de nombreux effets, raisonnements, impensés, pratiques que l’on pourrait articuler avec une configuration de hiérarchisation des vies humaines. Au moment où des heures dramatiques sont vécues par des millions de personnes, il est très violent de se rendre compte d’une permanence de systèmes de domination.Si dans le précédent numéro, les articles ne traitaient pas de territoires et de populations situées en Outre-Mer, ce numéro bis engage deux sociétés placées dans cette particulière configuration. En effet, il s’agit de deux études de cas, l’une portant sur la Nouvelle Calédonie-Kanaky de Aurélie Journée Duez, et l’autre, traitant de la Guadeloupe par Rémadjie N’Garoné. Ces deux sociétés sont différentes par leur histoire et culture, mais sont symptomatiques de la colonialité du pouvoir dans les espaces francophones. Au travers des éléments empiriques, ces deux auteures nous font accéder aux subtiles incidences d’une relation de dépendance entre « Métropole » et « Outre-Mer ».Pour le premier texte, Aurélie Journée Duez produit une brève ethnographie de certains ressorts coloniaux (logiques d’éloignement des populations par exemple) en performance dans la Nouvelle Calédonie. Elle y montre l’existence d’un racisme en exercice et analyse l’ambiguïté du référendum présenté comme outil d’inclusion alors même que les termes du débat sont plus complexes. Le deuxième article, celui de Rémadjie N’Garoné, propose de lire la colonialité en exercice en Guadeloupe en l’inscrivant dans une « colonialité originelle » historique. L’auteure dépeint vigoureusement les effets d’une hiérarchie et d’une domination épistémique et systémique sur les formes d’auto-représentation politique, identitaire des Guadeloupéens. Ainsi, elle établit la notion de « dépossession » qui est définie comme une « incapacité d’agir objective ». S’inscrivant pleinement dans une lecture critique décoloniale, l’auteure montre l’imbrication des liens entre la longue histoire de la structure économique capitaliste en Guadeloupe, l’exercice unilatéral universalisant de l’administration française en Guadeloupe et ses effets sur la pensée et l’agir guadeloupén(ne).Paul Mvengou Cruz Merino et Claude Bourguignon Rougier ont écrit deux articles où ils proposent deux points de vue complémentaires, l’un à partir de l’Afrique et l’autre de la France, sur « l’affaire des vaccins » et sur les « Africains cobayes ». Ces deux contributions permettent de relier des questionnements liés à la médecine, au pouvoir et à l’éthique.Les textes de la partie Varia regroupent cinq articles qui ont été traduits par l’atelier la Minga durant la période de confinement. Ils émanent d’universitaires ou militants   brésilien.ne.s, colombien.ne.s et mexicains qui abordent la question de la gestion de la Covid-l9 du point de vue des populations racisées ou discriminées. Il s’agit de Pandemies, famines et guerre : l’architecture du capital (de Humberto Cárdenas Motta), Les Riches ne couchent pas sous les ponts (de Manuel Rozental), Traversée conceptuelle de l’irreprésentable : les trois seuils de la pandémie ( de Jonnefer Barbosa), Émancipation et lutte en période de pandémie (de Manuel Rozental). Enfin, la contribution de Maria Thedim aborde le Brésil en questionnant le discours de Jaïr Bolsonaro durant la pandémie, les pratiques racistes et la « banalisation du mal » au travers des pratiques du pouvoir dans la société brésilienne

Le bandeau de cette édition est un fragment d’une œuvre de Tony Capelán, artiste dominicain. Elle s’intitule Mer des Caraïbes

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