Les riches ne couchent pas sous les ponts : la pandémie et la guerre contre les peuples

Les riches ne couchent pas sous les ponts : la pandémie et la guerre contre les peuples

Manuel Rozental.

Traduction Stéphanie Bourdin et Juliette Deprez

 S’arrêter, se redresser, s’organiser et agir en réponse à la crise, c’est notre choix et notre responsabilité. Nous devrions faire ce qui pour le moment nous semble impossible : affronter la pandémie en dépassant les obstacles les plus importants, qui nous semblent insurmontables en temps normal et dans le cadre de ce qui est établi et accepté. Nous partageons avec ce texte une réflexion/provocation par laquelle nous soulignons avec véhémence et expliquons que la façon d’affronter cette pandémie traduit une grande inhumanité et c’est en cela qu’elle va achever de nous soumettre et nous empêcher de dépasser la crise du capitalisme raciste et patriarcal. Que ce texte parle de lui-même et qu’il fasse entendre une parole opposée à la médiocrité pragmatique de ceux qui, qu’ils soient du pouvoir ou bien ses serviteurs, ne peuvent pas même imaginer que protéger ceux qui ont déjà profité à foison n’est pas inévitable et n’évite en rien les contagions et les morts. Bien au contraire, abandonner cette tendance à respecter le privilège est la seule façon concrète de comprendre, penser et dépasser cette pandémie, et les autres. Prenons et exigeons les mesures nécessaires pour dépasser cette pandémie et sauver l’humanité et la vie… que ceux qui accaparent tout aux dépens de la terre et de l’humanité rendent tout ce qui ne leur appartient pas en ces temps de quarantaine et paient ce qu’ils nous doivent. La triade épidémiologique exige que l’on comprenne, de façon réaliste et en toute conscience, debout, l’agent, le contexte et les victimes, ici et maintenant.

Il s’avère indispensable et urgent de prendre position. Nous sommes face à cette réalité, puisque la pandémie de COVID-19 est bien réelle, et l’affronter exige d’identifier et d’établir clairement la distinction entre eux et nous. Une des leçons de l’histoire, qui devrait être aussi claire et transparente qu’élémentaire et évidente, c’est que quand le capitalisme et les pouvoirs identifient et résolvent leurs crises, ils le font aux dépens des peuples et de l’humanité même. Notre crise, et la façon dont nous l’analysons, la comprenons et l’affrontons, est différente de la leur. Pire encore, pour commencer, les laisser nous mobiliser pour la résoudre selon leur propagande et leurs intérêts nous fera le plus grand mal, dans la mesure où cela leur permettra de défendre leurs propres intérêts et de viser leurs propres objectifs. Cela commence toujours par le fait de créer une réalité trompeuse par le biais d’une propagande qui met en avant des vérités incontestables, afin de nous enrôler dans un camp unique et nous entraîner vers une unique issue, celle qui leur convient à eux. Cela leur permet ainsi d’agir à l’encontre de nos droits et de nos nécessités, en nous submergeant dans l’oubli et l’obéissance requises pour agir à leur guise contre nous tous·tes.

Il est important de le répéter ici : il ne s’agit pas de nier la pandémie ou encore la menace du COVID-19, la maladie ou la mort qu’elle peut entraîner. Il ne s’agit pas non plus de rejeter a priori des mesures de prévention et de protection face à un agent biologique. Il s’agit de nous positionner dans le contexte global d’une phase concrète de crise du capitalisme transnational qui offre des circonstances qui permettent des dynamiques complexes et des spécificités et des différences sociales énormes. En étant tout à fait conscient·es des vulnérabilités immunologiques des personnes affaiblies ou immunodépressives. En d’autres termes, la “triade épidémiologique” qui se base sur la relation “agent” (COVID-19), “environnement” (tout le contexte actuel) et “hôte” (susceptible d’être contaminé), est non seulement d’actualité et opportun, mais nous encourage précisément, nous autres, peuples, communautés, organisations, à chercher des informations et des preuves, à analyser et à envisager des conclusions nous permettant de planifier de façon éthique et stratégique, en toute conscience, notre propre façon d’aborder la pandémie et ne pas nous soumettre de façon servile aux avis et aux mesures du pouvoir.

Il faut avoir une réflexion critique, sans nier le patriarcat, le racisme, le capitalisme transnational, la structure de classes, la concentration de pouvoir sans précédent, la discrimination sociale en cours et les évidentes manifestations fascistes qui sont l’expression d’un processus d’accumulation qui passe une nouvelle fois d’une tendance totalisante et autoritaire à des politiques et des stratégies totalitaires. Dans ce contexte, ils soudoient et confondent luttes, peuples, individus et processus. Voilà quel est “l’environnement” de la triade épidémiologique de la pandémie et ils entendent le dissimuler, le nier, et le faire passer pour insignifiant quand ils nous disent “on va régler ça ensemble”. Et il ne s’agit pas là de questions idéologiques, mais de risques concrets qui doivent être abordées par le biais de mesures “draconiennes”, en se soumettant aux “autorités”. Aussi dures soient les mesures qu’il est nécessaire de prendre, on ne peut pas ignorer le contexte social et les impacts qu’elles peuvent avoir sur la population. Nous ne sommes pas égaux. Cet ordre social engendre, produit, bénéficie et est altéré par les inégalités qu’il a créées, et celles-ci modifient l’impact de la pandémie et des mesures que l’on prend de manière conséquente et dramatique. Le même agent ne se comportera pas de la même façon chez un “hôte” pauvre, âgé, dans un logement exigu, malade et qui n’a pas droit à la retraite et à la sécurité sociale et chez un “hôte” à la tête d’une société internationale, propriétaire de terres, de richesses, de travail et de pouvoir, qui a un accès immédiat (et anticipé) à des moyens, des biens, des savoirs et des technologies qui lui permettent d’avoir le contrôle sur sa vie et sa destinée et celles de millions et de centaines de millions de personnes sur la planète. Les moyens de rétribution de dés(information) et de propagande nous asservissent de telle sorte qu’ils produisent en nous une soumission docile et vide de critique. Nous n’en sommes pas seulement réduits à être des consommateurs de savoirs et des suiveurs d’ordres mais, et c’est encore plus grave, notre réalité même, celle de la grande majorité d’entre nous, celle de presque toute l’humanité, est niée, ignorée, passée sous silence et supplantée par la voix officielle des États, des experts et du pouvoir. L’environnement” de la pandémie a ses maîtres et s’organise pour les protéger et les servir.

Il ne s’agit ni de nier la pandémie, ni d’accepter que celle-ci finisse de nous invisibiliser et nous détruire au bénéfice de ceux qui ont déjà largement tiré profit et ont accumulé tant et plus de richesses à nos dépens. Il s’agit de surmonter une menace pour l’humanité, et non pas que toutes et tous joignions nos forces et nos compétences pour protéger une partie de l’humanité qui nous a plongé·es dans l’iniquité, l’injustice et l’oubli. Il s’agit de faire en sorte que la pandémie ne leur serve pas à achever de nous soumettre et de nous détruire.

Il y a une scène, dans Le rouge et le noir de Stendhal, à laquelle je repense toujours dans ce genre de circonstances. D’après mes souvenirs, le pouvoir décrète et diffuse une mesure exécutoire au profit de tous : “IL EST INTERDIT AUX RICHES COMME AUX PAUVRES DE COUCHER SOUS LES PONTS !”. Excellente mesure en apparence, mais comme le découvre très rapidement un des personnages, la vérité c’est que… “en réalité, l’interdiction s’adresse aux pauvres, puisque les riches ne couchent pas sous les ponts !”

Le pouvoir a ordonné une quarantaine mondiale. Il est interdit aux riches comme aux pauvres de sortir de chez eux… mais de nombreux·ses pauvres n’ont pas de maison, ou s’ils restent chez eux, ils s’entasseront dans des conditions sanitaires déplorables, ou ils verront leur survie compromise par manque de revenus et de nourriture qui, déjà en temps “normal”, sont, pour la majorité des gens qui vivent sous le capitalisme et le néolibéralisme, de plus en plus rares. Ordonner une quarantaine à l’humanité dans ces conditions, c’est, ou peu s’en faut, obliger la plupart des gens à se soumettre à un risque encore plus élevé que le quotidien sous pandémie. Mais les politiques d’état ne donnent pas la priorité à cette réalité. En ordonnant le confinement face à la pandémie, ils ne dictent pas des mesures de politique publique pour la redistribution des richesses et des ressources de façon à garantir des conditions de salubrité, de bien-être, de dignité et de soins appropriés pour tous·tes. En particulier pour celles et ceux des plus vulnérables : les personnes âgées, souffrant de malnutrition, malades, pauvres et sans retraite, revenus ou sécurité sociale… soit la plupart des personnes âgées. Ils n’ont pas donné l’ordre de construire des hôpitaux, d’équiper des unités de soins intensifs, d’instaurer des primes et des mesures de protection pour le personnel de santé, dans l’ensemble surexploité et mal rémunéré. Ils n’ont pas transformé les hôtels, les hôtels particuliers, les grandes surfaces, les grandes propriétés, les complexes de tourisme de luxe en espaces d’hébergement pour les patients, les familles et les personnes qui en ont besoin. Ils n’ont pas même essayé de prendre en compte ces données démographiques, sociales, économiques et éthiques. Ils préfèrent parler d’un “effondrement du système de santé”. Comme si les carences de ces “systèmes” n’étaient pas la conséquence de la concentration des richesses, des ressources et des bénéfices. Comme s’il n’était pas tout aussi urgent de s’interroger sur la façon de quantifier les ressources humaines, techniques, économiques nécessaires pour garantir la vie des gens en quarantaine, dans des conditions dignes pour ensuite, en fonction des résultats, mobiliser les moyens où ils se trouvent, non seulement dans les caisses publiques systématiquement drainées au profit de l’accumulation des multinationales, des banques et des élites, mais justement là où ont été accumulés des profits et des propriétés qui doivent à présent, par obligation légale, en raison de l’urgence, être remis au service des peuples et des personnes qui en ont besoin. Ce n’est pas envisagé. Ce n’est pas même évoqué. Les mesures drastiques décrétées n’ont rien de drastique pour ceux qui possèdent à l’excès, mais elles le sont pour celles et ceux qui arrivent à peine à survivre, oublié·es encore une fois par les politiques mises en place contre la pandémie par le pouvoir.

Les supermarchés et les chaînes commerciales élargissent leurs horaires et leurs ventes pour approvisionner les classes moyennes et hautes et pour les personnes en situation de pauvreté qui s’endettent pour survivre. Pendant ce temps, les paysan-ne-s-indigènes, agriculteurs familiaux, vendeurs ambulants, marchés, cuisines communautaires, ne font l’objet d’aucune mesure de protection. On n’envisage, on ne met en place aucune mesure pour que puissent se nourrir dans l’urgence sans se ruiner celles et ceux qui aujourd’hui encore produisent envers et contre tout plus de 60 % des aliments que nous consommons, et protègent en sus la planète. Manger pendant la pandémie et la quarantaine devrait favoriser la santé et le bien-être. On protège ceux qui favorisent l’agro-business, la destruction de la terre, le dépouillement de la paysannerie, l’empoisonnement des eaux et de l’air, l’importation des aliments qui profitent aux intermédiaires et on ruine ceux qui savent nous fournir une alimentation saine, en lien avec la terre et qui protège le vivant. Cela nous aide-t-il à surmonter la pandémie ? Ou bien se sert-on clairement de la pandémie pour renforcer la dépendance, la capitalisation de l’agro-business, la destruction de l’environnement et l’extermination.

Il suffit de questionner, observer et écouter pour que ce que j’évoque illustre clairement la profondeur d’une vérité douloureuse : les mesures contre la pandémie, soit elles viennent de et sont énoncées par les peuples, soit ce sont des dispositifs contre l’humanité et la vie qui se servent de la pandémie comme d’une opportunité de mise en œuvre.

Mais je ne peux m’empêcher d’évoquer rapidement une des injustices les plus criantes et obscènes : alors que l’on propage les messages des “autorités de santé” en faisant pression sur la population pour qu’elle se protège et se débrouille pour aller se faire soigner, la vérité, c’est que le personnel de santé se voit obligé de travailler dans des conditions absolument déplorables. Sans équipement, sans protection, bien souvent sans masque. Pas de lits, pas de matériel, pas de médicaments. Il n’y avait rien de tout ça avant cette pandémie du nouveau Coronavirus, parce que la précédente pandémie en cours de propagation, celle de la faim, de l’abandon, de la misère, de la pollution, allait de pair avec la destruction de l’accès aux services de soin. On exploite donc encore davantage le personnel de santé et on leur fait également porter la responsabilité et l’angoisse pour tout ce que la pandémie rajoute d’impuissance, d’affliction, d’irrespect, de violence et de mort. Les gouvernants et les hauts fonctionnaires n’en finissent pas d’évoquer les “protocoles de soins”. Ils culpabilisent par avance les personnes qui ont besoin de soins intensifs et de respirateurs, et qui finissent par en manquer parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. En revanche, les millions qu’ils engrangent en profits anticipés sur les peuples et ce qu’ils accumulent en profits industriels et commerciaux, il est hors de question d’y toucher ou de les réorienter, pas même maintenant, pour faire face à la pandémie. Non ! Les biens des riches, on n’y touche pas ! Les riches ne couchent pas sous les ponts et ne paient pas non plus les soins liés à la pandémie. Les gouvernements et les états sont là pour les protéger… pire encore, ce sont les mêmes personnes, ou celles et ceux qui les croient, qui continuent à leur obéir. S’ils continuent ainsi, ils finiront par être accablés par l’épuisement, la maladie, la mort, l’angoisse, l’effondrement, ces travailleur·euses de la santé consciencieux·ses et responsables du monde entier, qui soignent, dans un grand dévouement, les victimes de cette pandémie. Mais leur sacrifice sera ignoré, ou plutôt exploité par ceux qui donnent les ordres, se protègent et s’enrichissent sur le dos de la crise à leur profit.

Concernant l’agent, il faudra rapidement en parler et l’information commence déjà à apparaître. Tout semble indiquer qu’aucune preuve scientifique n’a établi de manière crédible l’existence d’un pont entre la moindre espèce de chauve-souris et le type 1 en Chine, à partir duquel on nous dit que la pandémie a éclaté. Si ce que la science nous révèle est vrai, le premier cas n’est pas venu de Chine et le virus n’a pas muté là-bas. Les informations et les sources pointent des expériences menées depuis 2014 avec le Coronavirus aux États-Unis (dans l’université de Caroline du Nord). Mais il faudrait qu’un grand nombre d’informations supplémentaires soient rendues publiques pour abonder en ce sens. Pour l’heure, et pour continuer d’aborder la crise depuis la notion du nous, il suffit de se rappeler les trois mensonges, entre autres nombreux autres, qui ont servi à justifier et à mener à bien le massacre en Irak, sous prétexte d’une guerre globale contre le terrorisme, et qui a permis de détruire, reconstruire et mettre la main sur de nombreuses ressources au profit des multinationales. Le capitalisme a conçu et mis en œuvre plus d’une fois ce type de conspiration et il est nécessaire de rassembler des informations fiables pour connaître la vérité. Si la pandémie est telle qu’on nous la présente, nous ne devons pas l’accepter sans la questionner. Et même si elle s’avérait réelle, les agent/hôte/environnement apparaissent en une phase du capitalisme global dans laquelle, afin de continuer à accumuler et concentrer le pouvoir et les bénéfices dans des mains de moins en moins nombreuses, le capital a besoin d’éliminer, de façon toute raisonnable et rationnelle, des excédents de population, d’éliminer des excédents de capital et d’accéder à des ressources et à des richesses qu’il a lui-même contribué à raréfier. Une saine hypothèse sert de socle à la lutte contre la pandémie de COVID-19 depuis un regard humaniste : cette pandémie, comme d’autres à venir, fait partie d’une guerre totale (composante biologique) contre l’humanité, pour sauver le capitalisme au prix de la vie. Même si l’on refuse cette hypothèse, nous ne pouvons pas l’ignorer. Il est temps d’assumer que ce sont, pour les états, la classe capitaliste transnationale, les armées à leur service, leurs moyens de paiement et de (dés)information et leurs mesures, des thérapies de choc pour continuer de nous soumettre et nous faire sombrer dans l’oubli et la mort. Soit la pandémie nous sert à changer la société qui nous opprime, soit les riches continueront à nous interdire de coucher sous les ponts.

Emmanuel Rozental


Collectif Pueblos en Camino
Quitapereza, Cauca

En quarantaine,
Colombie, Abya Yala
20 mars 2020                                  

Traduction Stéphanie Bourdin et Juliette Deprez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.