Médecine coloniale et pandémie

Médecine coloniale et pandémie

Une vidéo qui fait le buzz en ce moment. Jean-Paul Mira, chef de service à Cochin y explique qu’il faudrait faire des essais de vaccins  sur les populations africaines, comme on en avait fait pour le sida sur les groupes de prostituées.

Beaucoup sont choqués. Certains remarquent justement que ça ne suffit pas. Mais c’est oublier que nous touchons là à certains fondements de la pratique médicale. Ici le corps comme expérimentation. Foucault, il y a bien longtemps,  remarquait que la médecine occidentale,  s’était construite, entre autres, grâce au développement de l’anatomie. Celle-ci avait exigé la pratique en masse de la dissection, opérée sur des cadavres appartenant tous au même groupe : les pauvres ou nécessiteux de l’ancienne Assistance publique. Notre savoir sur la vie, disait le philosophe, s’est donc construit sur des corps morts.

C’est là le paradoxe de la médecine moderne, paradoxe qu’on peut filer en rappellant  le lourd tribut des colonisés dans l’avancée des connaissances, avec la fameuse médecine coloniale. Voir par exemple le fondateur de la gynécologie américaine et son travail, dans tous les sens du terme,  sur le corps des femmes esclaves noires.

Voir aussi le tribut payé par les animaux de laboratoire et le fait que dans le contexte actuel, une consigne d’euthanasie de toutes les populations d’animaux de laboratoire a été donnée.

C’est  notre contradiction fondatrice :  qui veut la fin veut les moyens. Dans toutes ces pratiques, il y a réduction  à un commun dénominateur : des corps , du bios. au nom du bien commun, le pouvoir sur les corps, comme celui de les enfermer avec des règles qui changent en fonction de l’humeur ou de la connerie des dirigeants.

Mais pour que cela soit possible,  il  a fallu une histoire de luttes des classes anciennes, (voir le chapitre sur la prise du pouvoir par les classes dominantes à partir du XVIe siècle dans le dernier livre de Sylvia Federici ), une histoire coloniale qui commençant au même moment au nom de la mission civilisatrice autorisa la domination de groupes dits inférieurs, et une séparation  nature/culture qui  justifiait également l’asservissement des animaux et la destruction de la nature. Un pouvoir de mort.

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