Transformations des cultures frontalières et construction de la Méditerranée comme frontière méridionale de l’Europe

Transformations des cultures frontalières et construction de la Méditerranée comme frontière méridionale de l’Europe

Angeles Castano Madroñal (Universidad de  Sevilla)

Traduction Ramatoulaye Seck

La Méditerranée comme espace colonial de l’UE

Pour mieux appréhender les mutations dans la région méditerranéenne dans le contexte de l’UE et son néo-libéralisme prédateur, je conclus que l’accord de Schengen est une étape importante et fondatrice depuis 1992. Cet accord matérialise le début d’une nouvelle « communauté imaginée » (Anderson, 1993), fondée sur l’européanité. Une telle perspective a été projetée sur les territoires, les espaces collectifs et les peuples affectés différemment par divers programmes politiques. C’est cette idée qui va entrainer le tracé des frontières internes et va fixer les limites d’une frontière mondiale sur les franges Sud de la Méditerranée. Ce jalon a été un pilier pour diffuser l’imaginaire d’une UE en tant qu’« espace de sécurité unique », qui regorge de valeurs et de contenus ambivalents de privilèges et d’expulsions.

Dès lors, cet accord a été signé dans un contexte politique de « risque » pour assurer la stabilité de l’axe Amérique du Nord-Europe sur les défis des blocs émergents dans la mondialisation. Ce processus a montré comment les constructions ne limitent pas les intérêts et les flux économiques du capital financier. Au début des années 90, des alarmes dénommées « forteresse européenne » ont été générées pour empêcher ou freiner les flux nécessaires de néo-libéralisme, son implémentation politique à partir de 1995. Tout ceci révèle qu’au cours des deux dernières décennies, la « forteresse » n’a pas été érigée contre le système, mais pour le système, et que ses murs ont été construits pour l’humanité en déplacement forcé à cause des multiples dégradations que le colonialisme massif du néolibéralisme mondial a créé dans le monde.

Cet espace a été créé à partir des représentations profondément enracinées que Santos appelle une « pensée abyssale » (Santos, 2009, 2010). En réalité, il s’agit d’une superposition de dualités multiples qui affectent les territoires nationaux membre de l’UE. Ces territoires sont constamment secoués par une multitude de problèmes, surtout celui des migrants, de la population méditerranéenne et des européens eux-mêmes. Ces constructions sur les frontières dessinent alors un nouvel imaginaire d’européanité qui se manifeste à travers une nouvelle carte européenne, l’idée d’un espace unique, une reformulation de la diversité culturelle et l’idée d’une souveraineté transnationale.

C’est une étape importante dans le changement de la vie politique en Europe et des mouvements démographiques sur son territoire. À travers ces politiques, les citoyens européens ont le privilège de bénéficier des droits de l’homme, tandis que les mouvements migratoires des êtres humains différents réclament ces mêmes droits dont ils leur refusent. Si les citoyens européens ont le droit de circuler librement, les migrants et les nouveaux européens de l’UE, surtout ceux qui viennent du Sud, devraient eux aussi disposer des mêmes droits. Les processus de ces deux dernières décennies reposent sur un ordre où la libre circulation pour un nouveau homoeuropeen reste un principe fondateur de la modernité. Par conséquent, « la liberté de mouvement », dans la course impériale et coloniale de la planète, reste une chose du passé pour être articulée dans les axes du « contrôle et sélection des personnes», ce qui constitue l’objectif de la nouvelle biopolitique.

Je vais procéder à l’identification de ces dualités et de leurs paradoxes dans les lignes qui suivent :

1.- La Méditerranée a toujours été une plaque tournante et une sorte de pont transcontinental entre les cultures, entre le nord et le sud. Ces deux espaces sont restés séparés à cause de leurs civilisations différentes. Le Sud se caractérise par son côté africain et oriental. En ce sens, nous sommes face à une réédition des conceptions mentales de l’orientalisme tel que le définit Said (1991). C’est dans ce contexte que les macro-politiques de contrôle de flux (trafics et migrations) se développent. Ces flux se matérialisent dans l’appareil de surveillance par des flux de FRONTEX et la sécurité géopolitique entre les blocs énoncés dans l’AFRICOM est contrôlée par le Département de la Défense des États-Unis basée à Stuttgard (Allemagne) depuis le 30 septembre 2008, et depuis 2013, il est spéculé sur son transfert à la base navale de Rota en Andalousie. Les deux blocs définissent « l’espace unique » comme un « espace de sécurité ». Ces politiques divisent en deux parties le bassin méditerranéen. La zone européenne est radicalement séparée de la zone orientale et nord-africaine par la ligne nord du Moyen Orient, du Maghreb et du Masrek, comme s’ils étaient des territoires totalement distincts du point de vue écologique et culturel. La rhétorique du terrorisme djihadiste, de la délinquance internationale organisée, de la traite des personnes, et de toute sorte de trafics illicites, nous font croire que le nouvel imaginaire culturel eurocentrique de la barbarie et de la civilisation sont des pôles opposés. Nous sommes confrontés à une réédition de la pensée abyssale qui développe le néocolonialisme néolibéral dans des représentations et pratiques néorientales.

2.- Toujours dans le cadre des dualités territoriales et symboliques, ces conceptions politiques vont aussi avoir leur corrélat dans le colonialisme interne des états européens à travers les accords Schengen. La politique frontalière et de contrôle des migrations accentue la délimitation des territoires frontaliers internes qui ont une nouvelle représentation dans la Méditerranée fragmentée. En plus, le langage du pouvoir identifie les « hauts risques » qui permettent de légitimer ces politiques.

La large bande frontalière qui a été tissée dans ces pays a façonné un modèle méditerranéen (Finotelli, 2007, Castaño et al., 2017) de politiques migratoires et frontalières axées sur le CONTROLE. Ils ne peuvent pas être séparés les uns des autres. Les îles méditerranéennes de souveraineté étatique européenne sont devenues des enclaves frontalières, et l’imaginaire de la frontière européenne est déposé dans de vastes milieux de ces états. Il y a tout un chevauchement de politiques de cohésion économique et territoriale (Fondos Feder, Interreg, etc.) qui impacte sur les frontières internes et externes et qui empêchent, d’une part, d’aller au-delà de la frontière imaginaire moderne interétatique et, d’autre part, de consolider la frontière globale.

La nouvelle cartographie territoriale définit un double territoire : une périphérie méditerranéenne construite comme une frontière méridionale de l’espace unique de sécurité, et une Europe centrale et nordique travaillant sur les politiques d’intégration. Bien que la stratégie d’atomisation du terrorisme mondial ait défait, en partie, ces conceptions, le défi actuel consiste, précisément, à surpasser les interstices et les faiblesses de ces deux blocs. Les deux territoires développent des rôles différents à un niveau géopolitique et symbolique : les Méditerranéens sont subordonnés à leur rôle de peuple frontalier, les autres apparaissent comme puissance économique. Tout ceci a pu être constaté dans la gestion de la crise financière en tant que paradigme de ce néocolonialisme mondial de cette colonialité interne[1] (Castaño, 2016) qui se referme sur l’Europe.

3.- Les migrants sont maintenant considérés comme une catégorie inférieure et insignifiante qu’ils ont hérité du système moderne-colonial. Hesse et Sayd (2006) affirment l’existence d’une image négative du migrant en Europe. Il y aurait le type oriental, et le type africain. Le premier véhicule l’islamisme et le second la sauvagerie ancestrale du noir. On retrouve en Europe les deux types à la fois migrants et marginaux. L’un porte les stigmates du maure sournois et l’autre ceux du noir semi-sauvage et récepteur. Ils sont également porteurs de la culture tribale qui a engendré chez les peuples méditerranéens l’anthropologie et l’orientalisme. À cela s’ajoutent les corps des migrants et des réfugiés déplacés pour une politique différente (lois sur l’immigration, les refuges et l’asile) qui se fait à travers des mécanismes sélectifs des corps en fonction de leurs appartenances coloniales. Les réfugiés africains et ceux du Moyen-Orient reçoivent un traitement particulier, différencié et lent comparé à celui des européens. La période de guerre de la crise mondiale a produit une augmentation des déplacements due à l’expulsion massive d’humains, des pertes économiques et matérielles (Sassen, 2015). C’est dans ce contexte que les deux catégories de migrants ont été fusionnées dans la même gestion : contrôle des frontières et immigration. Par conséquent, les droits internationaux et les droits de l’homme ont connu leur plus grand échec. C’est durant cette période que la Convention de Genève a été annulée et que les émigrants ont connu une situation de stabulation. La forme qu’ils adoptent et le mode de gestion des lieux de confinement et d’hospitalisation des personnes migrantes, les Centres d’Hospitalisation des Etrangers (CIE, en espagnol), et les conditions de vie dans les Centres de Séjour Temporel des Immigrants (CITE, en espagnol), en sont des exemples patents.

4.- En outre, en temps de guerre massive et d’instabilité territoriale (Alliez et Lazzarato, 2016) dans la construction des frontières, des exclusions et des privilèges, il se produit une dernière dualité que je considère comme le point culminant de tous ces paradoxes. Le terrorisme international et les nouvelles guerres orientales coloniales ont un impact sur les migrants. Pour définir cette situation, je m’en réfère au concept de Carling (2002) qui est entré dans l’ère des « immobilités involontaires », et qui affecte aussi bien les migrants méditerranéens que le citoyen européen. Les premiers sont confinés dans leurs espaces coloniaux du Sud dans plusieurs colonies considérées comme des « villes nouvelles » qui ne sont plus des camps humanitaires (regroupant plus de 50 millions de personnes selon le rapport de l’ACNUR de 2015), ou des isolement pour des migrants étrangers susmentionnés qui sont capturés lorsqu’ils essayent de franchir les frontières étatiques nationales entourées de murailles dans les enclaves de transition du Nord. Les seconds, c’est-à-dire les citoyens européens, ne peuvent pas se garantir la même sécurité lorsqu’ils sortent de l’espace Schengen. Le citoyen européen de classe moyenne est confiné au Nord, et peut se déplacer en toute sécurité pour faire du tourisme dans l’espace européen ou dans les régions du Nord (ce qui peut, en conséquence, générer d’énormes bénéfices économiques dans le secteur touristique), car sortir de cet espace l’expose à de grands risques[2]. C’est pourquoi l’immobilité involontaire affecte aussi bien les migrants que les  européens, et constitue l’un des grands paradoxes de cette phase de guerre du néolibéralisme. Nous sommes alors dans une impasse où l’immobilité et la circulation faite de la pensée abyssale conçoit la Méditerranée comme un espace abyssal entre le Nord comme territoire des privilèges et le Sud comme territoire de tous les types d’expulsions, et il faut comprendre que ce Sud est comme les sures fragmentaires produites dans les centres mêmes des deux territoires.

Comment tout ceci se répercute sur les cultures des frontières méditerranéennes?

Cette disposition des multiples dualités qui séparent les frontières et leurs topos de la modernité, influe sur les notions de murs et de forteresse dans un espace unique de sécurité, transformant les cultures frontalières traditionnelles d’Europe et de la Méditerranée. Les ponts culturels transfrontaliers et leurs activités humaines et cultures très différentes ont fait de la vie sur les frontières des exemples d’interculturalité et des processus transculturels concrets qui ont été tissés dans les relations entre les groupes de diverses cultures frontalières dont l’origine des savoirs écologiquement situés dans la Méditerranée a toujours été fermé. Il s’agit d’une diversité qui a caractérisé la Méditerranée en tant qu’espace écologique de diversité culturelle, et le cosmopolitisme de l’opposition subalterne dans l’expérience coloniale du Bassin (Santos, 2009). Du marché noir aux nouveaux « trafics » de la contrebande et du crime organisé, il y a eu des adaptations, des dynamiques culturelles et des sociétés de résistance traversées par le colonialisme interne, le colonialisme et la globalisation.

En prenant comme étude de cas l’Andalousie et ses frontières internes avec l’Alentejo portugais et celles externes dans le Détroit, je vais souligner quelques éléments dans l’étude de cas de la Méditerranée occidentale :

Dans les frontières analogiques (Lask et Winking, 1995) des Etats-nations, il existait une complexité culturelle spécifique, où les alliances, les intérêts sociaux et la complémentarité économique se reflétaient dans les relations de genre transfrontalières, créant des liens de parenté ; et où les manifestations festives sont devenues propices aux affaires, au flirt et aux fiançailles, comme concrétions de l’interculturalité transnationale (Hernández, et alt., 1999). C’est dans ce contexte que des systèmes économiques ont été créés dans les chaînes mixtes pour promouvoir la vente illicite du café, du bétail, du tabac et de la poudre, avec plus ou moins d’importance de chaque produit selon les différents moments historiques. Il existait également des flux et des mouvements de main-d’œuvre rurale formant des équipes mixtes qui participaient à des concours d’élevage et des foires agricoles afin d’être recrutés dans les champs des européens (Brown et Quintero, 1996). Tout cela a contribué à l’adaptation des cultures frontalières locales et spécifiques capables de véhiculer une langue locale transculturelle (telle que le barranquenho, étudié par Leite de Vasconcelos (1955); un jargon de travail spécifique à ces cultures frontalières ou des idiotismes locaux comme le mélange du daryya et de l’andalou (au Algesiras et au Ceuta); des musiques mixtes rythmiques, des rituels communs, de multiples va-et-vient, des emprunts et des flux culturels divers, bref, des cultures frontalières localisées dans les périphéries des Etats modernes souverains tels que l’Alentejo portugais, l’Andalousie, la Péninsule Tingitane et le Rif du Maroc.

La violence du contrôle étatique qui existait sans doute sous forme de présence coercitive de l’Etat et du gouvernement était causée par des agents bien définis et identifiables. De plus, elle symbolisait l’autorité étatique, les juridictions et les obligations nationales. La violence institutionnelle était présente au sein des forces coercitives de l’Etat, telle que la garde civile, la gendarmerie portugaise ou la police nationale marocaine. En conséquence, les agents des postes de police abusaient du marché noir qui était plus présent au niveau des frontières flexibles, stratégiques, intangibles, sensibles et incontrôlables.

La fortification, l’éclairage et la militarisation des nouvelles frontières extérieures et la modification des territoires internes ont produit plusieurs transformations majeures :

  • La violence s’exerçait davantage dans les zones extérieures, surtout avec la déshumanisation du trafiquant marocain et gaditan, et de manière très subtile chez les femmes marocaines dont la main d’œuvre abondante et bon marché est considérée comme de l’esclavage. La déshumanisation et la dégradation des droits humains des porteuses marocaines qui travaillent dans le marché noir de la frontière de Ceuta, étudié par Khamlichi (2012, s.p.), a atteint le summum de la maltraitance et de la violence dues aux conditions actuelles de la frontière de Ceuta. Les hommes des contrebandiers sont également soumis à ces mêmes conditions de travail et à la maltraitance de la part des forces de sécurité. Les murailles et les ruelles métalliques transforment les hommes en bêtes féroces. Traverser la frontière en passant par ces ruelles transforme les hommes en des lions enragés aux yeux des forces de sécurité. Le trajet peut les transformer en fauves. La violence est physique dans les barrières architectoniques des frontières extérieures.
  • De nouveaux agents médiateurs et facilitateurs d’instruments, de véhicules, de papiers et des cachettes invisibles sont présents dans ces zones en tant que spécialistes d’un autre type de trafics. Les violences de la criminalité invisible ont accru à tel point que les hommes risquent une mort certaine de l’autre côté. Les spécialistes du trafic de haschisch sont poursuivis et éliminés dans le littoral tingitane au cours de la dernière décennie à cause des exigences de la politique bilatérale de contrôle des frontières de l’UE. Cette politique est assurée par l’Afrique du Nord à travers des accords interétatiques. Ce faisant, les migrations étaient utilisées comme monnaie d’échange contre les intérêts de coopération interétatique. Si certains sont morts et d’autres emprisonnés, on peut en déduire que leur connaissance séculaire, en tant qu’habitants d’un territoire bien déterminé, permet à leurs descendants de résister, car ils finissent par travailler avec les trafiquants de ces frontières. Leur connaissance du territoire les a transformés en des agents « du crime international organisé » tel que défini par Carlos Resa (2004). Ils ont un service au sein du gouvernement et ils assurent, dès lors, la sélection des migrants de la biopolitique d’immigration.
  • Les localités des frontières analogiques sont traversées par des politiques de cohésion territoriale et économique de l’UE, leurs connaissances traditionnelles agraires et transfrontalières ne sont plus utiles. De nouvelles idéologies naissent à travers les planifications du tourisme global et interrégional transfrontalier. Leur environnement naturel se caractérise par un paysage touristique et leurs nouveaux apprenants s’adaptent au travail précaire du service d’hôtellerie, des guides touristiques ou des salariés dans les nouvelles entreprises agroalimentaires installées sur les frontières en bénéficiant des ressources naturelles et agraires peu exploitées. C’est le cas des entreprises de viande et de jambon situées dans la capitale de Salamanque qui se trouvent dans La Raya entre l’Andalousie et l’Alentejo. Dorénavant, le transit et les déplacements entre les citoyens de la frontière sont considérés comme un tourisme transfrontalier étant donné que le fait de prendre un café chaque matin dans l’autre territoire est devenu une pratique traditionnelle de voisinage depuis que les automobiles empruntent des raccourcis. Les populations vieillissent, les jeunes renoncent à leurs traditions et les mairies se transforment en des agences d’information et de tourisme tout en promouvant des politiques de cohésion territoriale de l’UE.
  • Du point de vue symbolique, la politique de la globalisation entraine l’implication des autorités locales dans des actions de solidarité symbolique pour célébrer et mettre en valeur le passé collectif des voisins solidaires qui ont lutté contre la faim, les persécutions et les assassinats les plus violents de l’autoritarisme des fascistes durant le XXe siècle. Ils ont également un impact sur la politique de l’UE et de son imaginaire d’une Europe pour tous. Il s’agit de prôner une mémoire immatérielle qui permette de structurer l’imaginaire d’une Europe moderne et ancrée dans une histoire récente se présentant comme une sorte de roman qui raconte la construction de la communauté européenne au XXe siècle. La politique du patrimoine, la politique du souvenir et la politique scientifique de l’UE mettent en exergue l’aspect performatif, émotif et constructiviste au cours de la dernière décennie.

Cependant, un avenir incertain , dépourvu de sens, se profile à l’horizon de plusieurs de ces endroits dans les périphéries du système d’information et hyper technologique qui caractérise la mondialisation et ses expulsions. L’augmentation de l’exode de la population, le manque d’emploi et de main d’œuvre, l’absence structurelle des migrants qui maintiennent une relation latente et sporadique avec leur parent âgé est une réalité presque irréversible à la frontière entre l’Alentejo et l’Andalousie. Les politiques de dépendance de l’UE visent à promouvoir des processus de revitalisation économique dans les petits territoires et le développement de nouvelles zones rurales et écotouristiques pouvant être des alternatives face à la dépopulation et à la désertification démographique. Mais c’est à peine s’ils parviennent à ralentir le processus et à atténuer l’agonie de ces populations. Les politiques touristiques se manifestent à travers la folklorisation et l’exotisme pour répondre aux demandes régionales et internationales. Le littoral andalou s’orientalise en communes et le littoral portugais conserve les mêmes traditions à travers une architecture qui fut détruite pendant la période coloniale. On note, dans le tourisme global, la présence de certains indigènes et d’un paysage local d’exploitation estivale. Tandis que dans la frontière littorale du Détroit de l’Andalousie, dans le bastion de Ceuta et dans celui du Maroc, l’exploitation touristique se développe davantage, des paradis artificiels sont construits pour le plaisir des citoyens privilégiés qui n’ont rien à voir avec les migrants du Sud.

Les immobilités et les circulations à travers les frontières analogiques démontrent les formes sélectives dans lesquelles se développe une biopolitique des migrants basée sur la pensée abyssale et les séquelles du colonialisme.

 

Bibliographie

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[1]      J’emploie ce concept dans le cadre du projet modernité/colonialité abordé par Dussel (2000), Lander (2000), Mignolo (2003, trad.) et Quijano (2000).

[2]      D’importantes enclaves touristiques étaient des paradis artificiels pour les occidentaux se trouvant dans la zone africaine de la Méditerranée. Mais, elles ont fait l’objet de terrorisme. L’impact médiatique de l’attentat ayant causé la mort de 39 touristes dans un hôtel espagnol à Tunis, le 26 juin 2015, pour ne citer que celui-là, a eu un effet immédiat dans la destruction de ces endroits à destination touristique.

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