Introduction. La révolution sera féministe ou ne sera pas.

Introduction. La révolution sera féministe ou ne sera pas.

Karina Bidaseca (Universidad de San Martįn)

Traduction Léontine Zumthor

« La révolution n’est ni propre, ni jolie, ni rapide », écrivait en 1980 la poétesse afro-féministe Pat Parker à l’issue de sa participation aux mouvements dits « tiers-mondistes » : le mouvement des droits civiques, le Black Power, la libération des femmes et le mouvement des fiertés gay et lesbienne. À l’époque, un discours de Parker mentionnait que, pour lutter contre l’impérialisme, nous devions en comprendre le sens et la manière dont il se manifeste dans nos vies. Le plus important était de reconnaître qu’une femme « anti-impérialiste comprend l’exploitation de la classe ouvrière, elle comprend que pour que le capitalisme fonctionne, il doit y avoir un certain pourcentage de chômeurs. […] Je ne veux pas qu’on colonise le monde… Je veux que le peuple d’Iran soit libre. Je veux que le peuple de Porto Rico soit libre ; je suis féministe révolutionnaire parce que je veux être libre. Et il est absolument crucial que, vous qui êtes ici présentes, vous-vous impliquiez dans la révolution en partant du principe que c’est pour vous que vous faites la révolution ». (Conférence Basta, Oakland, 1980).

Dans cinquante-sept pays, dont Malte, Haïti, Hong Kong, le Myanmar, le Tchad, le Sénégal, la Lituanie, les îles Fidji ou la Corée du Sud, des femmes migrantes et réfugiées apatrides ont rejoint le mouvement. En utilisant les technologies, nous sommes parvenu.e.s à une mondialisation des protestations. Les hashtags #MujeresEnHuelga, #8MParodemujeres, #DiaInternacionaldemujeres et #WomenStrike ont retenti dans une société globalisée sous le signe du #NiUnaMenos (« PasUneSeuleDePlus »), un hashtag qui a su traduire dans la sphère publique virtuelle toutes les demandes locales en vue de multiplier les voix  de tou.te.s et qui a donné une voix aux femmes mortes ou disparues  dans les réseaux de la traite d’êtres humains ou de la nécropolitique.

 

[Texte image : Que le monde s’arrête, parce qu’on nous tue, que le monde s’arrête, parce qu’il ne fonctionne pas sans nous, que les rues s’arrêtent, jusqu’à ce qu’on puisse s’y promener sans danger, que les féminicides s’arrêtent parce que nos vies ne sont pas à la disposition des autres. Si nos vies ne comptent pas, alors PRODUISEZ SANS NOUS !]

 

                                             

 

https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=15vKBFEVhKQ2yoyp_s9FXvi_8_4&ll=7.769204062040328%2C0&z=2

Photos : La Nación en ligne 8/3/2017. Turquie. Inde. Honduras. http://www.lanacion.com.ar/1991064-en-fotos-multitudinaria-protesta-de-mujeres-en-mas-de-50-paises-del-mundo

 

 

 

[Grève de femmes au Brésil]

300 000 femmes en Uruguay, 200 000 femmes en Argentine, 40 000 à Varsovie, et ainsi de suite dans le reste du monde : nous nous mobilisons pour affronter les inégalités et les violences, et pour jeter les bases d’une nouvelle ère politique. Même si toutes les femmes qui ont rejoint la grève, d’Afghanistan jusqu’en Argentine, ne s’identifient pas au mouvement féministe, elles sentent en revanche qu’elles font partie de ce nouveau Mouvement mondial de femmes qui émerge pour dénoncer les mêmes inégalités, qui prennent aujourd’hui la forme extrême d’un patriarcat à l’agonie.

Parmi les évènements qui ont précédé le PIM (Paro Internacional de las Mujeres ou Grève Générale des Femmes), on retrouve deux grandes mobilisations – le #NiUnaMenos (« PasUneSeuleDePlus ») en Argentine et dans toute l’Amérique Latine, et le « Lundi noir » en Pologne – qui ont eu lieu dans la rue et sur les réseaux respectivement le 3 et le 19 octobre 2016. De son côté, la CEPAL (Commission Économique pour L’Amérique Latine et les Caraïbes) diffusait en 2016 les statistiques suivantes : « Chaque jour, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, douze femmes en moyenne meurent pour le simple fait d’être nées femmes ». Le Honduras est le pays où l’on enregistre le nombre le plus important de féminicides[1] de la région (531 en 2014), soit 13,3 féminicides pour 100 000 femmes. « C’est au Salvador et en République Dominicaine que l’on trouve les taux les plus élevés de cette région du globe. L’Argentine et le Guatemala occupent la deuxième et la troisième place, avec plus de deux cents féminicides en 2014 ». Parmi eux, il faut souligner les écoféminicides perpétrés envers les cheffes de mouvements écologistes, en particulier au Brésil et au Honduras. Dans ce dernier pays, le mouvement des femmes a manifesté le 8 mars (ou 8-M,  Journée Internationale des Femmes) réclamant que justice soit faite au sujet de l’assassinat de Berta Cáceres, une indigène Lenca, tête de file du mouvement de défense des droits humains contre les corporations transnationales.

http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-37828573

 

                                       

 

https://copinh.org/article/ecos-de-opalaca-y-mas-que-dos-radio-guarajambala-y/

Ces deux manifestations ont eu des répercussions mondiales, et se sont propagées sur un mode rhizomique, provoquant des répliques simultanées dans d’autres pays. Le hashtag #NonUnaDiMeno a par exemple rassemblé à Rome plus de 200 000 femmes le 26 novembre 2016 pour dénoncer la violence croissante faite aux femmes en Italie.

 


https://nonunadimeno.wordpress.com/2016/12/14/nonunadimeno-la-fuerza-del-movimiento-feminista-internacional/

Citons également le mouvement Ni Una Menos en Espagne, contre le ralentissement que connaissent les politiques d’égalité dans le pays, la disparition de ce sujet dans l’agenda politique et les « coupes systématiques opérées dans les budgets publics, en ce qui concerne les droits sexuels, l’avortement des mineures de 16 et 17 ans ou les dispositifs spécialisés dans la lutte contre les violences machistes ».

http://vocesescritas.com.ar/sitio/espana-se-sumo-al-reclamo-de-ni-una-menos/.

Le 21 janvier 2018, c’est la présence massive d’environ 500 000 personnes pour protester contre le gouvernement de Trump qui fait irruption sur le devant de cette nouvelle scène. Au sein de ce mouvement, la Marche Des Femmes à Washington s’est particulièrement distinguée. Sur son site Facebook, la Women’s March On Washington publiait le communiqué suivant : « Pour son premier jour de mandat, nous adressons un message à notre nouveau gouvernement, afin qu’il se souvienne que les droits des femmes sont des droits humains ». « Ensemble, nous reconnaissons que défendre les plus marginalisés d’entre nous, c’est nous défendre toutes ». Les États-Uniens ont nommé cette nouvelle vague mondiale « le féminisme du 99% », un symbole hérité des protestations d’Ocupy Wall Street s’érigeant contre ces 1% de la population qui détiennent la richesse mondiale.

 


http://www.lavanguardia.com/de-moda/20170119/413500577933/womens-march-on-washington-donald-trump-manifestacion-mujeres-trump.html

Les campagnes Love Trumps Hate. End Homophobia ou Not my President ont eu un retentissement mondial. Des provocations telles que « 26 000 crimes sexuels non déclarés dans l’armée, seulement 238 condamnations. » ou « À quoi s’attendaient ces génies quand ils ont mélangé hommes et femmes ? » figurent parmi les célèbres tweets de Trump cristallisant le stéréotype de la masculinité blanche, sexiste, raciste, homotransphobe et altérophobe dominante, à la Maison Blanche et partout dans le monde. Comme cette autre déclaration, « Il devrait y avoir une sorte de punition pour les femmes qui avortent », prononcée lors de l’assemblée citoyenne.

 


Angela Davis a repris la tête du mouvement contre « ceux qui défendent encore la suprématie de l’hétéro-patriarcat blanc masculin » et les met ainsi en garde : « Les 1 459 prochains jours de gouvernement Trump seront 1 459 jours de résistance. »

https://www.democracynow.org/2017/1/27/angela_davis_on_resisting_trump_we/ Full Speech: Legendary Activist Angela Davis at Women’s March on Washington https://www.youtube.com/watch?v=bSGPGNJpaE0

 

Angela Davis. http://cgtcantabria.org/wp/archivos/6724

Parmi les évènements qui ont précédé les Révolutions Féministes, on compte :

Le 8 mai en Islande : le jour de la liberté

« Les filles de la troisième génération se libèrent », a écrit la Portoricaine Aurora Levis Morales, en référence à une scène du film Ay-tan-blanco et à la notion d’héritage intergénérationnel. Les grèves de femmes ne sont en effet pas nouvelles. Tout au long de l’histoire, on observe des grèves de jambes croisées, des grèves du sexe, etc. La grève du 8 mai est le point culminant d’un phénomène qui débute en Islande, avec l’une des luttes les plus emblématiques du mouvement : le 24 octobre 1975, 90% des Islandaises ont décidé de cesser de travailler (salariées et femmes au foyer confondues) et d’aller manifester. Beaucoup d’hommes ont dû se charger des tâches domestiques et s’en souviennent comme du « vendredi noir » – alors que chez les femmes, on parle du « jour de la liberté ». Cinq ans plus tard, Vigdis Finnbogadottir, une mère célibataire divorcée, gagnait les élections présidentielles et devenait la première femme présidente en Europe et la première Cheffe d’État élue démocratiquement au monde.

 

Droits d’auteurs de l’image : WOMENS HISTORY ARCHIVES

http://www.bbc.com/mundo/noticias/2015/11/151024_islandia_mujeres_huelga_lb

L’un des défis les plus importants du 8 mai est de réussir à réduire l’écart salarial entre hommes et femmes (de l’ordre de 26 à 30%) et de mettre en valeur les travaux majoritairement exercés par des femmes, tout comme le nombre de femmes scientifiques, qui demeurent encore minoritaires rapportées au nombre total de chercheurs dans le monde.

(http://www.uis.unesco.org/FactSheets/Documents/sti-women-in-science-en.pdf)

L’écart salarial entre hommes et femmes en Argentine atteint aujourd’hui 27%. En Espagne, en 2016, il est de presque 24%, soit le taux le plus haut des six dernières années. À cela s’ajoutent les coupes dans les budgets sociaux, qui obligent les femmes à se charger des soins des adultes comme des enfants, l’augmentation du nombre de contrats à temps partiel, qui touchent beaucoup plus de femmes que d’hommes (on compte vingt-six femmes pour un homme à temps partiel), ou l’écart dans les allocations, qui en Espagne atteint 34%.

En outre, selon le rapport mondial de l’OIT en 2015, « moins de 5% des personnes à la tête des principales entreprises mondiales sont des femmes ».

http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/@dgreports/@dcomm/@publ/documents/publication/wcms_335674.pdf

 

En juin 2016, dans le monde, seulement 22,8% des parlementaires étaient des femmes. Depuis janvier 2017, dix femmes sont Cheffes d’État et neuf Cheffes du Gouvernement, le Rwanda étant le pays comptant le plus de femmes parlementaires au monde.

http://www.unwomen.org/en/what-we-do/leadership-and-political-participation/facts-and-figures

L’Islande reste le pays où l’égalité entre les sexes est la plus effective au monde. Avec 28 femmes dans son Parlement (soit 44%), elle se classe en tête du Rapport sur la parité entre les hommes et les femmes émis par le Forum Économique Mondial.

 

                        

http://www.bbc.com/mundo/noticias/2015/11/151024_islandia_mujeres_huelga_lb

Le 8 mai au Mexique : « Pas une seule de plus »

Le PIM a défendu la lutte contre les féminicides en Amérique Latine dans ses principaux slogans. Ciudad Juarez, ville située à la frontière nord du Mexique, près d’El Paso (Texas), est un lieu emblématique de l’installation de machines états-uniennes  ̶ qui exploitent la jeune main d’œuvre féminine dans des conditions de pauvreté et de non-respect des droits du travail  ̶ et le berceau de la campagne « Pas une seule de plus ». Des croix et des chaussures rouges, créées par l’artiste mexicaine Elina Chauvet, sont autant de symboles visant à réclamer justice pour les femmes mortes et disparues. Les chaussures, parce que c’est souvent tout ce que l’on retrouve des disparues. Le rouge, pour le sang et la violence.

http://www.periodicoabc.mx/rebasaestadodemexicoacdjuarezenfeminicidios-11594/

 

Le 8 mai en Argentine : #NiUnaMenos et « Mercredi noir »

Avec La Casa del Encuentro, groupe féministe créé en 2003, la Campagne Nationale contre les violences faites aux femmes, la Commission Provinciale pour la Mémoire, la Communauté Siluetazo contre les féminicides et les disparitions de femmes, le collectif d’artistes, de journalistes et d’activistes #NiUnaMenos (« Pas une seule de plus »), soit plus de 200 000 personnes au total, nous nous sommes réunies sur les places le 3 juin 2015, après que le slogan-hashtag soit devenu viral sur les réseaux sociaux.


Pas Une Seule De Plus. 3 juin 2015

Le 19 octobre 2016, entre 13h et 14h, a eu lieu une grève générale de femmes convoquée par #NiUnaMenos et plus de cinquante organisations. L’idée était que nous sortions toutes du travail ou que nous cessions toute activité pour souligner l’importance de notre rôle dans la société. Le mouvement #NosotrasParamos (« Nous arrêtons »), pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique Latine, s’est mobilisé autour de la devise « Si nos vies ne comptent pas, produisez sans nous ». Le 8 mai 2018, les femmes ont en outre exigé la libération de Milagro Sala, première femme indigène ayant été faite prisonnière politique par le Gouvernement.

Le 8 mai en Pologne : « Lundi noir » et grève des femmes pour la légalisation de l’avortement

En Pologne, le 3 octobre 2016, environ six millions de femmes de soixante villes différentes se sont déclarées en grève nationale pour protester contre l’interdiction de l’avortement. Les femmes polonaises ont revêtu leurs habits de deuil pour symboliser la possible perte de leurs droits reproductifs. Elles ont utilisé les réseaux sociaux et le hashtag #CzarnyProtest (« Manif Noire »). Les lois sur l’avortement en Pologne comptent parmi les plus strictes d’Europe. Les femmes ont le droit d’avorter seulement si la grossesse est due à un inceste ou à un viol, ou si la vie de la femme enceinte ou du fœtus est menacée.

https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2016/10/03/polish-women-go-on-nationwide-strike-against-proposed-abortion-ban/?utm_term=.62da502af07f

                                                                 

(Janek Skarzynski/AFP via Getty Images)

https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2016/10/03/polish-women-go-on-nationwide-strike-against-proposed-abortion-ban/?utm_term=.62da502af07f

http://www.huffingtonpost.es/2016/10/14/polonia-propuesta-ley-aborto_n_12484800.html

 

Les mobilisations ont reçu des soutiens en Espagne et dans d’autres pays de l’Union Européenne. Plusieurs députées de Podemos, membres de la Commission pour l’Égalité, se sont habillées en noir à l’image des Polonaises. À l’issue de la grève, les hommes politiques ont accepté d’abandonner les projets de durcissement de la loi.

Nos corps, champs de bataille.

En 1989, alors que les manifestations contre une nouvelle vague de lois anti-avortement battaient leur plein, l’artiste Barbara Kruger réalisait une œuvre emblématique pour la Marche des Femmes à Washington. Intitulée « Ton corps est un champ de bataille »  ̶  on y voyait le visage d’une femme divisé en deux parties, l’une positive et l’autre négative  ̶, elle symbolisait l’aspiration à la liberté reproductive. Cette devise a été reprise lors des manifestations du 8 mai dans d’autres parties du monde, comme par exemple sous la forme de slogans comme « Nos corps sont des champs de bataille » ou « Mon corps est à moi ».

http://www.thebroad.org/art/barbara-kruger/untitled-your-body-battleground

En Amérique Latine et aux Caraïbes, plus de 97% des femmes en âge de procréer vivent dans des pays où l’avortement est soumis à conditions ou complètement interdit. De 2010 à 2014, on estime que chaque année, 6,5 millions d’avortements sont réalisés en Amérique Latine et aux Caraïbes (contre 4,6 millions enregistrés entre 1990 et 1994). Le nombre le plus important a été relevé en Amérique du Sud (4,6 millions par an entre 2010 et 2014). Environ 760 000 femmes y sont traitées chaque année pour des complications suite à un avortement à risque. Au moins 10% des morts annuelles en couches (900 en tout) sont dues à des avortements à risques.

Comme par le passé, nous n’avons de cesse de réclamer les mêmes droits, au travail et en matière de reproduction. Une revendication exprimée ainsi sur la pancarte que brandissait une femme lors de la manifestation du « Lundi noir » en Pologne : « Je n’arrive pas à croire que je doive encore manifester pour cette connerie ». Ou encore « Vire ton rosaire de mes ovaires », écrit sur le corps d’une femme le 8 mai en Argentine.

 

 

Photo : Anja Rubik

http://www.huffingtonpost.es/2016/10/05/aborto-polonia-podemos_n_12355818.html

rubén weinsteiner@marcapolitica

En Iran, en matière de droits, on assiste également à un retour en arrière, voire de plusieurs décennies : les projets de loi 446 et 315 cherchent à limiter l’accès aux méthodes contraceptives, à pénaliser la stérilisation volontaire, à interdire l’éducation sexuelle, à démanteler le planning familial et à encourager le mariage précoce et la maternité répétée, en même temps que sont refusés l’égalité en matière d’emploi, le divorce et les relations familiales, l’ensemble permettant ainsi l’impunité de la violence domestique, tout comme en Russie.

http://salamancartvaldia.es/not/78709/procrearas-ataques-a-los-derechos-sexuales-y-reproductivos-a-las-mujeres-de-iran/

 

http://salamancartvaldia.es/not/78709/procrearas-ataques-a-los-derechos-sexuales-y-reproductivos-a-las-mujeres-de-iran/

C’est sous la bannière « Nous ne sommes pas nées que pour procréer » que s’est réuni le rassemblement pour la Journée Internationale des Femmes. « Nous voulons transmettre le message suivant : le rôle de la femme dans la société ne se réduit pas seulement à la procréation et à l’éducation des enfants. Nous refusons de vivre sous le joug du patriarcat qui marginalise et rejette le potentiel des femmes ».

https://www.facebook.com/events/1225189917565243/~~number=plural

Les corps féminins portent des insignes et deviennent des toiles sur lesquelles on peut écrire des messages. Emmenés par différents secteurs religieux et d’extrême-droite, en Amérique Latine, aux États-Unis et en Europe, le mouvement connu sous le nom d’« idéologie de genre » promeut une politique disciplinaire et punitive sur les corps féminins et LGBT. La veille du 8 mai, en Espagne, des partis, des syndicats et des mouvements sociaux ont manifesté contre le bus orné de messages anti-transsexuels mis en circulation par le groupe ultra catholique Hazte Oír.

http://politica.elpais.com/politica/2017/02/28/actualidad/1488285088_623918.html

Le mot d’ordre « Souveraineté sur notre corps » s’est fait entendre le 7 février à Buenos Aires lors de la manifestation connue sous le nom de « coup de sein », convoquée par les mouvements féministes et activistes après que la police a expulsé d’une plage trois femmes parce qu’elles faisaient du topless.

http://www.infobae.com/fotos/2017/02/07/40-fotos-del-tetazo-que-se-realizo-en-el-obelisco/

De même, nous avons cité l’émoi qu’ont suscité en France et en Europe des photographies prises sur une plage de Nice, où l’on voyait quatre policiers en train de réprimander une femme voilée. La presse allemande a évoqué une « guerre de religions » et le maire de Londres a considéré que « personne ne devrait dicter aux femmes ce qu’elles doivent ou non porter ».

http://elcomercio.pe/mundo/europa/francia-tribunal-anula-prohibicion-sobre-uso-burkini-noticia-1927146

En France, pays où l’on trouve la communauté musulmane la plus importante d’Europe, les ordonnances sur le burkini sont le résultat d’une dérive de l’islamophobie et du racisme global contre lesquels le mouvement des femmes manifeste.

https://es.gatestoneinstitute.org/8943/burkini-debate-europa

Comme l’explique l’anthropologue féministe Lila Abu-Lughod dans son livre Féminisme et Modernité au Proche-Orient (2002), « les femmes sont devenues des symboles puissants en termes d’identité et de visibilité de la société et de la nation ».

Porté par les mobilisations des femmes dans différents territoires du Sud, le PIM est l’emblème d’un « nouveau mouvement féministe mondial, antiraciste, anti-impérialiste, anti-néolibéral et anti-hétéronormatif », comme l’a défini Angela Davis lors de la Marche des Femmes à Washington, un mouvement au sein duquel la sororité féminine l’emporte sur tout le reste. Considérant les différences entre les femmes comme un facteur de pouvoir, des femmes noires, indigènes, paysannes, migrantes, trans, LGBT, travailleuses du sexe, mères abolitionnistes, etc. ont réussi par leur présence à articuler entre elles toutes les luttes visant une remise en question de la vieille politique représentative soutenue par les partis et les syndicats.

En plein triomphe du néolibéralisme de marché et du fascisme social, les défis d’une nouvelle politique impliquent de considérer que les droits acquis ne sont pas éternels mais qu’au contraire, il est indispensable de lutter chaque jour pour leur maintien. L’un des slogans du mouvement féministe international soutenu par Pat Parker résonne, aujourd’hui encore, comme un cri de ralliement : « La révolution sera féministe ou ne sera pas. »


[1]   Par définition le meurtre d’une ou de plusieurs femmes au seul motif qu’elles sont des femmes. Ce délit est juridiquement reconnu en Amérique Latine, mais pas en Europe. [NdT]

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