Appel à contribution

« Colonialité du pouvoir » en circulation/en exercice dans les espaces francophones – Réseau/Revue d’Etudes Decoloniales (RED)

Compte
tenu des contextes politiques et sociaux nationaux et internationaux,
la RED a choisi de s’adresser pour ce
numéro aux militants comme aux universitaires, au citoyen
engagé ponctuellement dans une lutte comme au
« professionnel » du combat.

Nous
voulons montrer comment circule la « colonialité du pouvoir »
entre la France et les anciennes colonies, entre la France et
l’Outre-mer, mais aussi à l’intérieur même de l’Hexagone.

Pour
cela, nous partons des idées suivantes
 :

50
ans après la décolonisation, la « colonialité du pouvoir »
— autrement dit, ce système de hiérarchisation de la société
qui a pour pivot la « race »- continue
de structurer les pratiques étatiques et les imaginaires des
anciennes métropoles, qu’il s’agisse de leur
façon d’administrer leurs populations ou du rapport qu’elles
entretiennent avec
leurs anciennes colonies.

  • Dans
    l’Hexagone, les populations d’origine coloniale, les enfants
    de l’immigration, souffrent de traitements discriminatoires, pour
    ce qui est de leur accès à l’emploi ou du plein exercice de
    leurs droits ; la répression frappant toujours plus et plus
    durement Noirs et Arabes.

La
gestion française des conflits sociaux fait apparaître des méthodes
testées pendant la période coloniale, comme l’ont récemment
démontré les pratiques de la police française (lors de Nuit
debout, pendant le mouvement des Gilets Jaunes, avec les jeunes de
Mantes la Jolie, etc.) La particularité étant l’extension de ces
méthodes, jusque là réservées aux groupes racisés, à toute la
population.

Quant
à ceux qui dénoncent
cet état de fait, ils sont assimilés à des individus
dangereux pour la nation par les forces réactionnaires
traditionnelles, mais aussi
par
tout un éventail de politiques, intellectuels et personnalités
médiatiques qui vont jusqu’à leur reprocher, comme en témoigne
récemment « l’appel des 80 intellectuels »1,
de mettre en danger les fondements mêmes de la république.

Pointer
le néocolonialisme de la politique française en Afrique relève de
l’évidence. Or, s’il est difficile de nier la continuité
coloniale des interventions militaires et économiques de la France
en Afrique, certaines
institutions, comme
la Francophonie
ou les agences françaises de développement, sont rarement
questionnées. Cette coopération internationale, qui rassemble
une aire culturelle francophone, n’est pourtant pas si neutre. En
fait,
pour l’ancienne puissance colonisatrice, elle est aussi le moyen
géopolitique et stratégique de maintenir une influence et une
présence dans de nombreux pays sous couvert
d’aide à la recherche scientifique.

En
Afrique, nous pouvons mentionner son emprise sur les recherches
scientifiques à mener (au travers le financement de certaines études
orientées sur des thèmes particuliers), sur les rapports au
culturel (francocentrisme), sur les démocratisations, sur les
chemins du développement (voir le rôle du
franc CFA). Par ailleurs, la constitution, valorisation et
instrumentalisation d’une élite africaine francophile relèvent
d’une inspiration coloniale. En effet, la fabrication de cette
« élite » a été encouragée par des stratégies
coloniales d’éducation et de domestication, des différenciations
et hiérarchisations qui ont abouti à des catégories telles que
celles des « évolués ». Ce terme est d’ailleurs
encore employé dans certaines sociétés africaines pour désigner
des anciennes/nouvelles générations d’intellectuels africains
ayant eu l’expérience de formation occidentale et au même temps
par certains intellectuels africains ayant vécu l’expérience
coloniale pour se différencier des Autres. Or, comme on peut le
percevoir, ce terme concentre des aspects contemporains de « la
colonialité du pouvoir ».

Concernant
les territoires d’outre-mer, les exemples ne manquent pas, depuis
des décennies, de traitement discriminatoires, d’abandon, dont
sont victimes les populations locales, qui ne jouissent pas des mêmes
droits ni du même niveau de vie que les autres citoyens français.

Sans
compter la violence d’une « colonialité à la française »
qui s’exerce dans les POM et les DOM-ROM. Ainsi, pour ne citer
qu’eux, l’épisode sanglant qui a endeuillé la
Nouvelle-Calédonie à la fin du 20e siècle ; les événements
de Guadeloupe il y a 10 ans ; de Mayotte l’an dernier ou,
récemment, en Guyane.

Ce
numéro 4 se veut une contribution à la lutte actuelle des
antiracistes de tous ces pays et à la compréhension du rôle
essentiel de la « colonialité du pouvoir » dans les
pratiques des gouvernements modernes.

Nous
appelons à produire des contributions portant
notamment
sur :


La Francophonie, instrument au service du contrôle français.


La gestion des populations françaises sur le modèle colonial
(armes, méthodes, modèles de la police, formes de répression,
restriction des libertés).


L’apparition
d’une nouvelle ligne abyssale sur le territoire français, visible
par exemple dans l’extension du terme « radicalisation »,
lui-même ancré dans une épistémè raciste.


La politique migratoire française.

 -Le
référendum calédonien et l’invisibilisation des
résistances en
Nouvelle Calédonie et dans les autres POM et DOM-ROM.


La « colonialité
du pouvoir » dans les sciences sociales africaines.


La
gestion des populations africaines en Afrique sur le modèle colonial
français (violence, répression, châtiment, manipulations).


Les pratiques scolaires discriminantes dans l’éducation nationale
à Mayotte.


La dimension « décoloniale » du mouvement des gilets
jaunes à la Réunion ou ailleurs.


Le rapport entre l’État français et les autochtones pour ce qui
est de la question extractiviste en Guyane.

A
noter que nous ne publions pas seulement des articles de type
universitaire, mais également des dossiers, des lettres, interviews,
débats, vidéos, audios, etc.

Dans
le cadre de la pluralité des langues à laquelle nous aspirons,
militant pour une traduction interculturelle et contre l’épistémicide
ambiant, les contributions bilingues (français-créole,
français-wolof, français-kanak, etc.) sont particulièrement
bienvenues.

Calendrier

Les propositions d’articles ( un résumé de 20
lignes) doivent être envoyées à admin@reseaudecolonial.org
avant le 30 avril 2019.

Comité organisateur:

Claude Bourguignon Rougier

Sebastien Lefèvre

Paul Mvengou Cruz Merino

Laura
Nguyen

Hamissou
Rissa Achaffert

Maria
Thedim-Goirand

1https://www.lepoint.fr/politique/le-decolonialisme-une-strategie-hegemonique-l-appel-de-80-intellectuels-28-11-2018-2275104_20.php