Numéro Spécial – 2 – Colonialité esthétique et art contemporain

 

Jean-François Boclé -Tears of Banaman- installation bananes sacrifiées

 

Ante scriptum ou l’avant parole

 

Le groupe de recherche Minoritart est fier de vous présenter le numéro 2 de sa revue éponyme. Deux éléments ont changé, le format et le multilinguisme. Nourris par votre intérêt, nous avons aussi grandi en qualité. Chaque texte reçu a été lu attentivement et avec respect, car ils sont le témoignage d’une confiance accordée en notre groupe. Plus encore, ils sont le signe d’un investissement en temps autant qu’en énergie. Bien que nos choix soient collectifs,ils demeurent toujours cornéliens, car chaque voix nous est précieuse. Cependant, comme il a été dit  à l’instant, ce numéro est marqué par un ensemble de mutations.

FORMAT ET QUALITÉ : FORME DU SENSIBLE

Tout d’abord le format, désormais la revue est téléchargeable entièrement depuis un seul fichier PDF. Une fois téléchargée, vous pourrez consulter ses textes en tout temps et depuis votre ordinateur. Minoritart affirme ici son statut de revue underground, libre et gratuite. Nous refusons tout référencement institutionnel (ISBN etc.) ainsi que toute inféodation ou assimilation à un champ disciplinaire précis des arts. Ce format “bâtard” est en cohérence avec la mission que nous nous sommes donnée : celle d’offrir une voix aux artistes, théoriciens, historiens d’art et quidams qui travaillent à briser la matrice esthétique enfermant les acteurs des différentes scènes dans des structures imposées par les grands modèles dominants (de force ou tacitement) . Ce format libre qui combat la “colonialité du sensible” oblige cependant  à une limite en même temps qu’une ouverture. L’ouverture est de refuser toute forme de coercition ou de correction envers les textes de théoriciens et historiens. En effet, notre volonté est de laisser les voix s’exprimer avec leur brillance et leurs défauts. Ce sont alors des textes intouchés. Mal ou bien dressés, ils sont toujours acceptés ou refusés par notre comité de lecture dans leurs formes première. Néanmoins, se refuser à la censure ou à la correction n’est pas condamner le sens au pourrissement. Bien que ces incorrections fassent écumer la langue avec malice et dérangent quelque fois l’ordre “propret” d’un dire universitaire, l’équipe reste à l’affût des contresens, des errements grandiloquents pouvant provoquer confusion et ennui chez nos lecteurs. La revue n’est pas un bateau ivre, bien au contraire. Chaque membre est muni d’une grille lui permettant d’évaluer pertinence, cohérence et style formel de chacun des articles. En bout de course, la faute est permise dès lors que le sens ou la lecture n’en souffre pas. Porté à l’incorrection (jusque dans le texte), Minoritart reste extrêmement exigeant quant à la qualité des textes proposés.

MULTILINGUISME, UN PARLER SANS DÉPARLER

Le français, l’anglais et l’espagnol ont ceci de commun d’être les trois grandes langues coloniales. Le projet de notre groupe étant de questionner la colonialité des savoirs lovés dans les structures sensibles au fondement de l’art, il nous était impossible de faire l’économie du multilinguisme car chacune est une matrice maintenant les tenants d’une même culture dans un réseau sensible et raisonné unifiant. Ainsi chaque espace colonisé ou ayant subi la colonisation, répond d’une structure linguistique “maître” imposée par les différents colonisateurs. Selon la métaphore informatique, la langue est le code source de programmation permettant à chaque culture dominée de tourner sous un même système “d’exploitation”. En conséquence, le français, l’anglais et l’espagnol forment des structures qui isolent les artistes et théoriciens colonisés les uns des autres. Minoritart, en traduisant certains textes vers l’espagnol, l’anglais et inversement, rend compte de la volonté de briser les isolats. En faisant passer certains textes d’une langue à l’autre, nous rendons perceptible une expérience commune de la violence esthétique car l’art possède ses propres modèles de colonialité. Il importe peu que ces textes s’inscrivent ou non dans la pensée décoloniale, ce qui importe c’est que leurs contenus informent sur différents phénomènes de colonialité.

EN CONCLUSION

À travers ce format et son multilinguisme, la revue permet au lecteur d’appréhender l’art en manière d’écosystème. Comme dans tout système, il arrive que des organismes non régulés prolifèrent. Dans de tels cas, c’est l’ensemble de la structure qui est mis à mal. L’art ne possède pas de grille de lecture spécifique. Il ne saurait être séparé des activités humaines car ce sont elles qui lui donnent “définition”et mission. Par avalement, assimilation ou par étouffement, les modèles dominants éradiquent les esthétiques dominées. La colonialité de l’art détruit le divers et établit des systémiques permettant de mieux absorber, réduire. L’altérité est sommée de nouer son esthétique à celle de son colonisateur ou périr. Si le projet de tout organisme est de prospérer, à Minoritart nous pensons que l’équilibre et le partage ne s’édictent pas depuis un modèle maître mais depuis une renégociation permanente menant à un échange équitable entre espaces esthétiques. Les textes de chacun des numéros proposent le dialogue depuis des lieux résolument neufs et créatifs.

Eddy Firmin
Pour le groupe Minoritart :
Cécilia Bracmort
Mildred Cabrejas Quintana
Géraldine Entiope
Sarah Tchou
Karla Cynthia Garcia Martinez

 

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Version PDF mise à jour le 30 juillet 2018 à 21h20