Sécurité nationale, lutte contre le terrorisme et colonialité

Sécurité nationale, lutte contre le terrorisme et colonialité

Sécurité nationale, lutte contre le terrorisme et colonialité

J’ai fait connaissance avec un Costa-ricain, qui connaît très bien l’œuvre de Foucault ; nous avons parlé du pouvoir pastoral, une notion qui me tracassait appliquée à l’Amérique et il m’a envoyé un livre qu’il a écrit il y a quelques années . Je suis rentrée dans sa perspective peu à peu. C’est toujours une expérience remuante, découvrir quand on ne s’y attendait pas quelqu’un qui parle de ce que vous croyez connaître, en fait autre chose, et de la sorte, vous libère, finalement.

Diego Soto Morera, dans En carne propia. Religión y biopoder, reprend l’analyse de la doctrine de la Sécurité Nationale. Je pensais comme vous que cela allait m’ennuyer, et soudain j’ai compris qu’ il s’agissait de maintenant, que ça parlait de notre présent post. 11 septembre .

La Sécurité Nationale, on s’en souvient peut- être, est la doctrine propre aux dictatures sud-américaines des années soixante dix.

Rapport avec la colonialité ?

La lecture de En carne propia m’a fait saisir une convergence, celle qui relie le tryptique néo-libéralisme /dictature/racisme en Amérique, et le couple guerre contre le terrorisme/ extension de l’état d’urgence en Europe et aux USA . Et pour la saisir, les concepts de techniques gouvernementales, de subjectivation et de sécurité des populations peuvent s’articuler à la perspective décoloniale.

L’auteur remet en question l’hypothèse répressive comme matrice des relation de pouvoir. Il remarque que les régimes totalitaires ne peuvent se baser seulement sur l’usage de techniques répressives et qu’ils doivent inscrire ces mesures dans un dispositif de savoir-pouvoir dont le but est d’améliorer la gestion de la vie de la population. Contrairement aux apparences, les appareils militaires ne sont pas le pivot de l’état, ils sont, au contraire, une charnière entre différents moments du dispositif de savoir pouvoir en question. Car la doctrine de la Sécurité Nationale repose sur une question  : comment produire le développement de la nation? Comment permettre la vie de la nation ? Comment développer l’économie ?Au Chili, la dictature permit l’application de méthodes jusque là inédites : le pays devint le laboratoire de l’école de Chicago, devançant ainsi ce qui allait se passer en Europe avec un décalage temporel conséquent… Good morning, néo-libéralisme.

L’auteur explique qu’avec les dictatures sud-américaines du XX siècle, il se produit quelque chose de semblable à ce que décrit Foucault pour le racisme dans Il faut défendre la société. Le racisme moderne, biologique, introduit une coupure à l’intérieur des populations, certains individus étant perçus comme un danger biologique pour la nation. Il se passe quelque chose de similaire dans les dictatures du cône sud, lorsque le communiste ou simplement le « subversif » deviennent un danger pour la survie de la nation. L’ennemi est partout. L’état de siège devient permanent car le mal peut toujours surgir Il faut produire des mécanismes de subjectivation (pour la collaboration) et de de-subjectivation (le subversif doit devenir un non sujet pour être plus commodément éliminé ou contrôlé) Il remarque que dans la guerre contre le terrorisme, c’est la même logique qui est à l’oeuvre . Mais si la série dictatures du cône Sud nous faisait passer du racialisé au subversif, aujourd’hui nous basculons du subversif vers le terroriste ( qui a divers visages, pas seulement celui du djihadiste, voir les FARC)

Dans tous les cas, usage des mêmes techniques de la guerre totale contre différents ennemis de la nation.

Encore une fois, quel rapport  avec la colonialité ?

Une répétition : une fois de plus, l’Amérique apparaît comme le terrain de l’expérimentation de pratiques qui vont s’exporter ensuite à l’Europe avec le fameux effet boomerang . Les pays de la périphérie font d’abord l’expérience de techniques de gestion de la population qui produisent un état d’exception ; plus tard, ces techniques s’exportent aux anciennes métropoles dans le cadre d’un colonialisme intérieur.

 

 

Toute ressemblance avec le feuilleton français de l’état d’urgence, la modification de la constitution, le soupçon généralisé et la « naturalisation » des procédés de contrôle ne pourrait bien sur qu’être liée au hasard.

 

Claude B. Rougier

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.